23.5.19

Chroniques d'Avril 2019

par Georges Charles

Mardi 2 avril

En passant par la Lorraine ; 15e partie, la morale en politique
 

Qui est Jean-Pierre Masseret ? Ancien sénateur PS de Moselle jusqu’en 2017, ancien président du Conseil régional de Lorraine. Le 6 décembre 2015, au premier tour de l’élection régionale en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, sa liste arrive en 3e position avec 16,1 % des voix, derrière le Front national (36,1 %) et la droite (25,8 %). Malgré les consignes de son parti, il refuse de retirer sa liste ; au second tour, il finit en 3e position avec 15,2 % des voix et le FN, conduit par Florian Philippot, s’incline face à la droite, 36,08 % contre 48,40 %. Pourquoi parler de Masseret ? À cause de ce qui suit : dans un rapport sur sa gestion du Conseil régional de Lorraine entre 2010 et 2015, la Chambre régionale des comptes a fait état d’« irrégularités et d’importants dysfonctionnements de gestion ». Plusieurs enquêtes judiciaires sont ouvertes. Quelques exemples :

· Pour 2013, cinq membres de son cabinet se sont vus crédités de 1 208 heures supplémentaires…sans justification.

· Un conseiller de Masseret percevait trois types d’indemnités de service ; l’une d’elle lui avait rapporté, entre 2010 et 2014, 250 530 €, « sans aucune base légale ».

· Les fastueuses agapes du directeur général des services :entre 2010 et 2014, 35 870 € de frais de bouche remboursés sans justificatif ou avec des notes portant la vague mention « repas avec élus » (1).

La Lorraine, ce n’est pourtant pas très loin de la Suède et de l’Allemagne, où les principes de morale en politique sont d’une autre nature.

Suède : en 1995, Mona Sahlin, numéro deux du gouvernement social-démocrate, démissionne à cause de deux barres de Toblerone qu’elle avait eu le malheur de régler avec sa carte de crédit de fonction.

Suède encore : en 1996, deux ministres démissionnent, l’une avait payé une nourrice au noir, l’autre, ministre de la Culture, n’avait pas acquitté la redevance télé pendant 16 ans.




Suède toujours : en août 2016, la jeune ministre de l’Éducation Aida Hadžialić, 29 ans, présentée comme l’avenir de la social-démocratie, a dû démissionner pour conduite en état d’ivresse, avec 0,2 g d’alcool par litre de sang.






Allemagne : En 1993, le vice-chancelier d’Helmut Kohl, JürgenMöllemann, quitte son poste de ministre ; sa faute, avoir utilisé le papier à en-tête officiel du ministère pour recommander l’entreprise du cousin de sa femme auprès de chaînes de magasins. En 2002, le chancelier Gerhard Schröder démet Rudolf Scharping de ses fonctions de ministre de la Défense ; celui-ci avait perçu 70 000 € pour des conférences, la loi allemande interdisant à un ministre de percevoir des honoraires durant son mandat. Soupçonné d’avoir bénéficié d’un prêt de 500 000 € de la part d’un homme d’affaires, le président de la République allemande, Christian Wulff a démissionné en 2012.

1 " Le Canard Enchaîné ", 22 février 2017.

Lire la suite ...

4.4.19

Chroniques de Mars 2019

par Georges Charles

Samedi 2 mars

Rire ensemble ; 23e partie, Fly better, le "réalisme capitaliste "
 

Dans un hebdomadaire, un article intitulé, Les leçons de l’échec de l’A380, d’un enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris (ça doit être sérieux… ah, ah !) rappelle que « certaines compagnies aériennes, comme Emirates, ont certes réussi à optimiser l’équation économique et financière de l’A380, notamment grâce à leur positionnement géographique, l’aéroport de Dubaï étant idéalement placé à mi-chemin de l’Europe et de l’Asie. Mais pour les autres compagnies, la massification du transport aérien dans cet avion géant s’est révélée en décalage avec les attentes des consommateurs. » Quelques pages plus loin, une publicité pour l’A380 Emirates. Fly better, voyagez mieux ; Bien plus qu’un vol… Que signifient ces points de suspension ? Une partouze à quatre, à 12 000 m d’altitude ? Le pied !

L’air de bonheur factice qui flotte sur le visage des clients de l’A380 fait penser à certains personnages de la peinture dite du " réalisme socialiste " : le conducteur de tracteur stakhanoviste, le soldat victorieux, la paysanne heureuse après la collectivisation des terres…

Cette photo, d’une absence totale de naturel et de réalisme, nous en dit beaucoup. Ils sont quatre. Deux femmes : la parité en teinte de cheveux est respectée, une blonde et une brune. Pour les hommes, on a fait fort : un Noir, qui sourit comme Omar Sy, style mannequin ou cadre dynamique ; un Blanc, style mannequin ou cadre dynamique. Ça ressemble à une ancienne pub Benetton !

Soyons attentif : l’homme de race blanche, que l’on voit de profil, est regardé par les trois autres ! La plus ridicule, c’est la brune, assise en face de lui et à côté du Noir ; elle le mange des yeux comme s’il venait de dire quelque chose de très spirituel. Mon esprit mal tourné suggère une autre hypothèse : tout en le regardant avec attention et distinction, elle pense ceci : « tu fais peut-être le malin avec ton pognon mais il paraît que les Noirs ont une plus grosse verge que les Blancs ; ça te dirait que ma copine et moi, on vérifie… »


Lire la suite ...

8.3.19

Chroniques de Février 2019

par Georges Charles

Vendredi 1er février

Selon la tradition, nous avons jusqu’au dernier jour du mois de janvier pour présenter nos voeux. Voilà, c’est fait, avec retard :

Claude Valroff, photographe vosgien

Dimanche 3 février

Ce type est formidable

Sur le pont Matabiau qui enjambe le Canal du Midi, un couffin abandonné, sous la pluie. Je fais un bref détour pour vérifier qu’il n’héberge aucun bébé. Quelle idée d’abandonner un tel objet ? Soudain, devant moi, une Seat rouge s’arrête en catastrophe ; un jeune homme en surgit et court vers le couffin. Je le reconnais, il bosse à la boucherie du Faubourg " Saveurs et traditions ", dont je suis client régulier. Il me reconnaît : « je me suis affolé, je croyais qu’il y avait un gosse dedans ! », me dit-il. L’histoire de Moïse, l’enfant sauvé des eaux ?

Quelques jours plus tard, lors de mon passage à la boucherie, je lui ai reparlé de l’anecdote. Selon ses propos, il rendrait aisément service (rester une heure avec un motard accidenté, alors que les autres voitures passent sans ralentir ; changer le pneu d’une dame paniquée…) ; ça doit tenir à une grande confiance en soi qui émane de sa personne. Faire confiance, jusqu’à preuve du contraire ! Mais enfin, pourquoi cette précipitation ? « J’ai pensé que ça pouvait être une famille de migrants sans-papiers qui, en pleine dèche, avait abandonné leur bébé en espérant qu’il serait recueilli par des Français… »

Lire la suite ...




6.2.19

Chroniques de Janvier 2019

par Georges Charles

Mardi 1er janvier

Ces chroniques servent, en partie, à mettre de l’ordre dans les choses de ma vie. Les gens devraient le faire plus souvent, avant de mourir. Tous ces êtres humains qui vivent une vie entière sans avoir à faire le moindre commentaire, la moindre objection, la moindre remarque. Certes, ces commentaires, ces objections, ces remarques n’ont pas nécessairement de destinataire ou de sens, mais il me semblepréférable qu’elles soient faites (1).

L’écrivain, parfois, raconte la vie de gens qui n’imaginent à aucun moment être des personnages de roman. Épigraphe du livre de Nicolas Mathieu, Goncourt 2018, Leurs enfants après eux :
 

Il en est dont il n’y a plus de souvenir,
Ils ont péri comme s’ils n’avaient jamais existé ;
Ils sont devenus comme s’ils n’étaient jamais nés,
Et, de même, leurs enfants après eux.

 

Siracide, 44, 9

(1) Deux féminins, un masculin ; c’est le féminin qui l’emporterait. Je tente, sans réelle conviction.
 
Lire la suite ...

7.1.19

Chroniques de Décembre 2018

par Georges Charles

Samedi 1er décembre

La loi du genre : 37e partie ; la féminisation des noms de métiers et de fonctions, des titres et des grades
 

La féminisation des noms de métiers et de fonctions, des titres et des grades, est un des changements les plus rapides et les plus étendus qu’ait connu notre langue.
 
On hésite parfois sur la forme à donner à cette féminisation. C’est le cas en particulier pour les noms dont le suffixe (élément ajouté après le radical d’un mot pour former un dérivé de ce mot) est en " eur " au masculin.
 
Féminins en " euse " : lorsque le nom correspond à un verbe et partage le même radical que le participe présent du verbe. Exemples : danser → dansant → danseur → danseuse ; bâtir → bâtissant → bâtisseur → bâtisseuse. Ce procédé vaut aussi pour des noms en " teur " issus de verbes dont le radical se termine par " t ". Exemples : chanter → chantant → chanteur → chanteuse ; acheter → achetant → acheteur → acheteuse.
Féminins en " trice " : plusieurs noms masculins en " teur " ont pour féminin un nom en " trice ". Exemples : agriculteur (pas de verbe de même radical) → agricultrice ; sénateur → sénatrice. Proche des féminins en " trice ", citons ambassadrice, le féminin d’ambassadeur ; le mot ambassadrice a longtemps désigné l’épouse de l’homme exerçant la fonction d’ambassadeur ; demain, c’est peut-être le mari de l’ambassadrice qui distribuera des Ferrero Rocher… et si l’ambassadrice est mariée à une femme, quel nom choisira-t-on pour cette dernière ?
 
Féminins en " eure " ou en " euse " : d’autres noms masculins en " eur " n’appartiennent pas aux catégories précédentes. On propose d’employer soit une forme épicène (la même au masculin et au féminin), soit une forme en " eure ". Exemples : un professeur → une professeur ou une professeure ; ingénieur → une ingénieur ou une ingénieure.
 
Pour le mot masculin docteur, le féminin doctoresse, qui a été utilisé parfois pour qualifier la femme d’un docteur, désigne aussi une femme qui pratique la médecine, notamment en Suisse et en Belgique(1). En France, on dit aussi une docteur ou une docteure.
 
La limite de ces " innovations ", c’est leur caractère aléatoire : quand on veut féminiser la fonction d’auteur, faut-il dire une auteure, une auteuse, une autrice ?

Assemblée générale à Vincennes, Paris 8 Saint Denis, occupée, au printemps dernier

Dans les années 1920, d’éminents linguistes s’offusquaient que des femmes osent désormais se faire appeler " madame l’avocat ".

Madame, suivi du masculin, quel crime ! Alors que le mot se féminise sans problème, avocate ! Faut-il dire " maîtresse " lorsqu’on s’adresse à une avocate ? J’ai essayé avec certaines professionnelles du tribunal d’assises de Toulouse ; j’ai fait un bide…
 
Les combats contre la féminisation de ce vocabulaire sont violents lorsqu’il s’agit de fonctions de prestige : président, ministre, directeur… car ces fonctions ont été longtemps chasse gardée des hommes. Pour la première fois en 1936, des femmes étaient nommées sous-secrétaires d’État ; première femme ministre en 1947 ; première préfète nommée sous Mitterrand. Par contre, la féminisation des noms de fonctions subalternes est acceptée sans polémique : caissière, vendeuse, cuisinière, aide-ménagère…
 
Pour conclure : certaines femmes continuent de penser que l’usage du féminin pour qualifier leur métier, fonction ou titre, les dévalorise. C’est pourquoi des écrivaines maintiennent qu’elles sont des écrivains et qu’Hélène Carrère d’Encausse est toujours secrétaire perpétuel de l’Académie française.

(1) Dans la francophonie, au Canada, en Belgique et en Suisse notamment, la féminisation des noms de métier ne semble pas poser de problème.

Lire la suite ...


2.1.19

Les voeux de Ginette

                                                                             Remiremont le 1/01/2019

Chers amis  

La tradition veut que lon partage les premiers moments de lannée avec ses amis et jaffirme que pour moi cette tradition a gardé tout son sens, même si elle la perdu pour certains, même si elle a tellement changé de forme et cest ainsi que, chaque année, je me réjouis davoir une petite attention pour chacun deux.et donc pour chacun de vous !

Aujourdhui, premier jour de lannée 2019 - premier Nouvel An de citadine pour moi.

Cest un vrai bouleversement dans mes habitudes, mais il me rend heureuse car, jai le bonheur, malgré toutes les fatigues de ce gros chambardement, de découvrir les plaisirs nouveaux dun recommencement, dun autre départ pour une nouvelle étape de ma vie.

« Lhomme arrive novice à chaque âge de la vie » (N. de Chamfort)
Cest ce que je ressens en ce moment. Jai pris conscience tout récemment de ce sentiment en entendant cette citation de Nicolas de Chamfort.
Bien sûr, je ne peux mempêcher de penser à vous les philosophes en évoquant cette idée en ce début dannée et je souhaite que la nouvelle année vous apporte le renouveau dont nous avons tous besoin de temps en temps !

Je continue mes considérations en pensant à nos petits-enfants et à tous ceux qui nous emboîtent le pas et je vous fais lire un court texte d'Olivier de Kersauson dont jai aimé la philosophieutopique, un peu, mais bien sage à mon avis car aujourdhui, on a envie et on a surtout le devoir de se projeter dans un avenir meilleur pour nos enfants et nos petits-enfants !


« Le jour où je vais disparaître, j'aurai été poli avec la vie car je l'aurai bien aimée et beaucoup respectée. Je n'ai jamais considéré comme chose négligeable l'odeur des lilas, le bruit du vent dans les feuilles, le bruit du ressac sur le sable lorsque la mer est calme, le clapotis. Tous ces moments que nous donne la nature, je les ai aimés, chéris, choyés. Je suis poli, voilà. Ils font partie de mes promenades et de mes étonnements heureux sans cesse renouvelés. Le passé c'est bien, mais l'exaltation du présent, c'est une façon de se tenir, un devoir. Dans notre civilisation, on maltraite le présent, on est sans cesse tendu vers ce que l'on voudrait avoir, on ne s'émerveille plus de ce que l'on a. On se plaint de ce que l'on voudrait avoir. Drôle de mentalité! Se contenter, ce n'est pas péjoratif. Revenir au bonheur de ce que l'on a, c'est un savoir vivre. »
Olivier de Kersauson

Soyons optimistes et serrons-nous les coudes pour que le monde s’améliore pour eux.

Et je vous souhaite de belles lectures, des balades pour garder la forme, des bons petits plats, des voyages, des moments partagés en famille ou avec des amis qui sauront, jen suis sûre, éclairer la nouvelle année que nous venons dentamer et, je vous le rappelle, qui nous permettra de nous retrouver en septembre prochain.

Je vous embrasse,

Ginette

8.12.18

Chroniques de Novembre 2018

par Georges Charles

Samedi 3 novembre

Mairie de Toulouse, Affaires Sociales ; 7e partie, l’art de convaincre ; l’art d’avoir toujours raison
 
Dans les années 1990, la mode était à la privatisation de services publics municipaux, notamment l’eau, l’assainissement et les parkings publics. Cette mode s’était étendue à la gestion des services sociaux et socioculturels ; certaines de leurs missions pouvaient être assurées par des partenaires privés, mieux à même de gérer à la fois le caractère intermittent de ces missions et la situation professionnelle précaire des personnels. La mairie de Toulouse, historiquement très interventionniste (des décennies de gestion socialiste, ça laisse des traces), dirigée par Dominique Baudis, de droite, avait épousé ces modes.
 
À la direction des Affaires sociales, nous avions recours à du personnel vacataire, à la fois dans l’animation et la logistique des centres de loisirs, des centres de vacances et des classes de découverte. Pour contourner les rigidités de la gestion publique, la mairie avait monté de toutes pièces des associations (1) pour gérer ce personnel vacataire.
 
J’ai été dans mon rôle, de cadre et de syndicaliste, lorsque j’ai eu à intervenir en tant qu’expert devant le Comité technique paritaire (instance d’élus municipaux et de représentants du personnel, qui traite de l’organisation des services) pour évoquer la situation des agents de service des centres d’accueil situés hors Toulouse (notamment celui d’Aulus-les-Bains, dans l’Ariège), ouverts toute l’année. Par principe, les agents de la Ville, titulaires, travaillent sur le territoire de la commune.
 
Mes arguments avaient été les suivants : j’ai rappelé l’exemple des musiciens de l’Orchestre du Capitole, titulaires, qui sont parfois en tournée de par le monde ; de plus, le programme de la majorité municipale ne prévoit en rien de mettre un terme à une activité sociale qui date de l’après-guerre. 

Ainsi, ces agents (une dizaine environ), travaillant depuis des années pour un service pérenne, n’avaient pas vocation à être gérés par une association ; bien au contraire, leur titularisation était justifiée. Le CTP a voté en ce sens.
 
Dans une autre vie, j’ai dû lire Schopenhauer (2) et François de Callières. Arthur Schopenhauer, philosophe allemand (1788-1860), fait paraître en 1831 cet ouvrage : L’Art d’avoir toujours raison. Dialectique éristique… ça marche, même quand on a raison ! La renommée de François de Callières, académicien et diplomate sous Louis XIV, n’a cessé de s’affirmer depuis le dernier tiers du XXe siècle. Son ouvrage, De la manière de négocier, est au programme des meilleures écoles de commerce, comme des universités les plus prestigieuses. À Harvard, on voit en Callières l’inventeur de la notion de soft power ; à Tokyo, on s’appuie sur lui pour étudier les relations entre les sexes au sein de l’entreprise… Négocier oui, harceler non ! C’est d’actualité !
 
L’art de convaincre, c’est aussi l’art de négocier. On entend souvent cette phrase, dont l’énonciation est censée régler les problèmes : « il suffit de se mettre autour d’une table et de se parler ! » Oui, mais à condition de savoir ce que l’on vient y faire et d’apporter des provisions, d’admettre pour soi les points à négocier aisément, ceux sur lesquels on tiendra la ligne de front et enfin ceux qui ne sont pas négociables (la  fameuse " ligne rouge " à ne pas franchir). Si l’on s’obstine trop longtemps sur les premiers, on se fatigue et on fatigue l’adversaire.
 
Quelques règles de négociation : ne jamais perdre de vue ce que l’on veut obtenir, in fine ; ne jamais oublier ce que veut l’adversaire ; quand on se trouve acculé, donner du mou, on le récupérera plus tard.



François de Callières (1645- 1717) : De la manière de négocier avec les souverains (1716).

« C’est un des grands secrets de l’art de négocier que de savoir distiller goutte à goutte dans l’esprit de ceux avec qui on négocie les choses dont on a intérêt à les persuader. »


(1) Associations parfois présidées par des élus municipaux… qui votaient les subventions à ces associations. Heureusement que les juristes veillent ; ces associations ont été rapidement dissoutes ou remplacées par d’autres, desquelles les élus municipaux étaient exclus.

(2) Dans le film Le brio, d’Yvan Attal, il en est beaucoup question.
 


Lire la suite ...

2.11.18

Chroniques d'Octobre 2018

par Georges Charles

Mardi 2 octobre

La loi du genre ; 35e partie, la " charge mentale "

 En mai 2017, la BD Fallait demander de la blogueuse Emma (300 000 abonnés) s’était propagée sur la toile grâce à Facebook. Elle y dépeignait le quotidien de millions de femmes et mères qui, en plus de s’occuper des tâches ménagères, doivent coordonner toute l’intendance de la maison. Emma expliquait en dessins et avec des mots simples le fameux concept de " charge mentale " : la femme doit « penser à tout » quand l’homme se contente souvent « d’aider… si on lui demande ».


Qui fait quoi à la maison ? Cette question peut constituer désormais un vrai champ de bataille au sein de la famille et du couple : comment répartir les tâches ménagères, l’éducation des enfants, en lien avec l’implication dans la vie professionnelle ? Les femmes passent encore deux fois plus de temps à s’occuper des enfants et trois fois plus de temps à s’acquitter des tâches ménagères que les hommes.
La réduction du temps de travail à 35 heures par semaine, à la fin des années 1990, a-t-elle eu un effet sur cette répartition ? Il semble que non, les hommes bricolant encore plus, les femmes consacrant encore plus de temps aux enfants et au ménage.

Une famille avec enfants est une petite entreprise, avec des plannings pour chacun, des agendas à multiples entrées nécessitant une coordination de tous les instants. Face à cette suractivité familiale, les hommes et les femmes n’ont pas la même attitude : mode " cool " pour les hommes, mode " chef de projet " pour les femmes. L’esprit de la femme reste encombré par les soucis domestiques et la gestion du foyer même quand elle travaille ; la femme a la " famille dans la tête ".

Elles disent qu’ils n’en font pas assez, ils disent qu’elles veulent tout contrôler… Moralité : l’homme devrait quitter sa zone de confort et la femme devrait accepter de lâcher prise.

Mon expérience personnelle ? Une succession de " chances ".

La chance d’avoir, à l’adolescence, travaillé pendant les vacances scolaires comme saisonnier dans l’hôtellerie-restauration sur différents postes, plongeur, commis de cuisine, serveur, valet de chambre, etc., à l’âge ou en général, les adolescents deviennent fainéants.

La chance d’avoir connu l’internat au collège et au lycée : un garçon doit apprendre à gérer son linge. C’est bien au domicile familial, où la mère est omniprésente, que l’adolescent prend l’habitude de laisser traîner ses chaussettes sales dans sa chambre… Chance encore : ma mère m’a appris à repasser.

Chance toujours ; j’ai pratiqué la garde alternée dans les trois premières années de mon fils aîné ; dans un tel contexte, c’est simple, on porte 50 % de la charge mentale.

Autre chance enfin ; vivre avec une femme portée par le même investissement professionnel que moi, d’où un partage équitable des responsabilités familiales et domestiques.

Lire la suite ...

11.10.18

Chroniques de Septembre 2018

par Georges Charles

Lundi 3 septembre

La boîte magique des mots


Mon petit-fils William gardera de bons souvenirs de ses vacances, notamment de cette journée sur la plage de Contis (Landes) où il avait attrapé un tractopelle volant. L’engin paraît bien minuscule dans la main du géant William-Gulliver. C’est aujourd’hui la rentrée.


Il entre en deuxième année de maternelle. Qu’a-t-il appris, jusqu’à présent ? Comment s’est opérée la fusion entre ce que sa famille lui transmet et les apprentissages à l’école ?

Le rencontrant régulièrement, j’ai pu constater l’enrichissement permanent de son vocabulaire. Dès lors qu’il comprend que je comprends ce qu’il dit, la complicité s’instaure. 

Le premier mot. L’âge d’apparition du premier mot se situe entre 8 et 14 mois. Ce premier mot a plus de signification pour l’enfant qu’il n’en a pour l’adulte, c’est pourquoi on le qualifie de " mot-phrase " car il ne renvoie pas seulement à un objet, mais à une action ou une situation.

J’ai le souvenir du premier mot prononcé distinctement par ma jeune soeur. Nous sommes dans les années 1950 dans la cuisine de la maison familiale ; un meuble sert à entreposer des bûches de bois pour alimenter la cuisinière (et il faut l’alimenter souvent, en hiver, dans les Vosges) ; c’est la " caisse à bois " et ce mot est dit maintes fois : « il faudra remplir la caisse à bois ! », « prend une bûche dans la caisse à bois ! », « pose ça sur la caisse à bois ! » Alors, dans le silence, elle dit un jour : « caisse à bois ! ». Comment ça s’écrit ? Kèsaboi ? Kéçaboi ?

Autour de 12 mois, l’enfant dit ses premiers mots. Vers 18 mois, il en aura une cinquantaine dans son vocabulaire, qu’il est capable de combiner pour composer de courtes phrases. À 2 ans et demi, l’enfant dit 100 mots et en comprend 200. Au-delà de ce répertoire, la vitesse d’acquisition s’accroît, le vocabulaire s’enrichit et les phrases se complexifient. Autour de 4 ans, les enfants commencent à agir volontairement sur autrui par le langage et à se représenter l’effet qu’une parole peut provoquer. Un enfant de 6 ans qui a passé trois ans en école maternelle possède environ 2 000 mots ; un enfant resté au domicile, 500.

Pour retrouver le souvenir de mes propres apprentissages, il faudrait que je feuillette des livres de lecture et de calcul du primaire des années 1950. Avec une patience mesurée, j’attends que William entre dans l’univers du " lire, écrire, compter " pour m’émerveiller à nouveau.

Lire la suite ...