6.2.19

Chroniques de Janvier 2019

par Georges Charles

Mardi 1er janvier

Ces chroniques servent, en partie, à mettre de l’ordre dans les choses de ma vie. Les gens devraient le faire plus souvent, avant de mourir. Tous ces êtres humains qui vivent une vie entière sans avoir à faire le moindre commentaire, la moindre objection, la moindre remarque. Certes, ces commentaires, ces objections, ces remarques n’ont pas nécessairement de destinataire ou de sens, mais il me semblepréférable qu’elles soient faites (1).

L’écrivain, parfois, raconte la vie de gens qui n’imaginent à aucun moment être des personnages de roman. Épigraphe du livre de Nicolas Mathieu, Goncourt 2018, Leurs enfants après eux :
 

Il en est dont il n’y a plus de souvenir,
Ils ont péri comme s’ils n’avaient jamais existé ;
Ils sont devenus comme s’ils n’étaient jamais nés,
Et, de même, leurs enfants après eux.

 

Siracide, 44, 9

(1) Deux féminins, un masculin ; c’est le féminin qui l’emporterait. Je tente, sans réelle conviction.
 
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7.1.19

Chroniques de Décembre 2018

par Georges Charles

Samedi 1er décembre

La loi du genre : 37e partie ; la féminisation des noms de métiers et de fonctions, des titres et des grades
 

La féminisation des noms de métiers et de fonctions, des titres et des grades, est un des changements les plus rapides et les plus étendus qu’ait connu notre langue.
 
On hésite parfois sur la forme à donner à cette féminisation. C’est le cas en particulier pour les noms dont le suffixe (élément ajouté après le radical d’un mot pour former un dérivé de ce mot) est en " eur " au masculin.
 
Féminins en " euse " : lorsque le nom correspond à un verbe et partage le même radical que le participe présent du verbe. Exemples : danser → dansant → danseur → danseuse ; bâtir → bâtissant → bâtisseur → bâtisseuse. Ce procédé vaut aussi pour des noms en " teur " issus de verbes dont le radical se termine par " t ". Exemples : chanter → chantant → chanteur → chanteuse ; acheter → achetant → acheteur → acheteuse.
Féminins en " trice " : plusieurs noms masculins en " teur " ont pour féminin un nom en " trice ". Exemples : agriculteur (pas de verbe de même radical) → agricultrice ; sénateur → sénatrice. Proche des féminins en " trice ", citons ambassadrice, le féminin d’ambassadeur ; le mot ambassadrice a longtemps désigné l’épouse de l’homme exerçant la fonction d’ambassadeur ; demain, c’est peut-être le mari de l’ambassadrice qui distribuera des Ferrero Rocher… et si l’ambassadrice est mariée à une femme, quel nom choisira-t-on pour cette dernière ?
 
Féminins en " eure " ou en " euse " : d’autres noms masculins en " eur " n’appartiennent pas aux catégories précédentes. On propose d’employer soit une forme épicène (la même au masculin et au féminin), soit une forme en " eure ". Exemples : un professeur → une professeur ou une professeure ; ingénieur → une ingénieur ou une ingénieure.
 
Pour le mot masculin docteur, le féminin doctoresse, qui a été utilisé parfois pour qualifier la femme d’un docteur, désigne aussi une femme qui pratique la médecine, notamment en Suisse et en Belgique(1). En France, on dit aussi une docteur ou une docteure.
 
La limite de ces " innovations ", c’est leur caractère aléatoire : quand on veut féminiser la fonction d’auteur, faut-il dire une auteure, une auteuse, une autrice ?

Assemblée générale à Vincennes, Paris 8 Saint Denis, occupée, au printemps dernier

Dans les années 1920, d’éminents linguistes s’offusquaient que des femmes osent désormais se faire appeler " madame l’avocat ".

Madame, suivi du masculin, quel crime ! Alors que le mot se féminise sans problème, avocate ! Faut-il dire " maîtresse " lorsqu’on s’adresse à une avocate ? J’ai essayé avec certaines professionnelles du tribunal d’assises de Toulouse ; j’ai fait un bide…
 
Les combats contre la féminisation de ce vocabulaire sont violents lorsqu’il s’agit de fonctions de prestige : président, ministre, directeur… car ces fonctions ont été longtemps chasse gardée des hommes. Pour la première fois en 1936, des femmes étaient nommées sous-secrétaires d’État ; première femme ministre en 1947 ; première préfète nommée sous Mitterrand. Par contre, la féminisation des noms de fonctions subalternes est acceptée sans polémique : caissière, vendeuse, cuisinière, aide-ménagère…
 
Pour conclure : certaines femmes continuent de penser que l’usage du féminin pour qualifier leur métier, fonction ou titre, les dévalorise. C’est pourquoi des écrivaines maintiennent qu’elles sont des écrivains et qu’Hélène Carrère d’Encausse est toujours secrétaire perpétuel de l’Académie française.

(1) Dans la francophonie, au Canada, en Belgique et en Suisse notamment, la féminisation des noms de métier ne semble pas poser de problème.

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2.1.19

Les voeux de Ginette

                                                                             Remiremont le 1/01/2019

Chers amis  

La tradition veut que lon partage les premiers moments de lannée avec ses amis et jaffirme que pour moi cette tradition a gardé tout son sens, même si elle la perdu pour certains, même si elle a tellement changé de forme et cest ainsi que, chaque année, je me réjouis davoir une petite attention pour chacun deux.et donc pour chacun de vous !

Aujourdhui, premier jour de lannée 2019 - premier Nouvel An de citadine pour moi.

Cest un vrai bouleversement dans mes habitudes, mais il me rend heureuse car, jai le bonheur, malgré toutes les fatigues de ce gros chambardement, de découvrir les plaisirs nouveaux dun recommencement, dun autre départ pour une nouvelle étape de ma vie.

« Lhomme arrive novice à chaque âge de la vie » (N. de Chamfort)
Cest ce que je ressens en ce moment. Jai pris conscience tout récemment de ce sentiment en entendant cette citation de Nicolas de Chamfort.
Bien sûr, je ne peux mempêcher de penser à vous les philosophes en évoquant cette idée en ce début dannée et je souhaite que la nouvelle année vous apporte le renouveau dont nous avons tous besoin de temps en temps !

Je continue mes considérations en pensant à nos petits-enfants et à tous ceux qui nous emboîtent le pas et je vous fais lire un court texte d'Olivier de Kersauson dont jai aimé la philosophieutopique, un peu, mais bien sage à mon avis car aujourdhui, on a envie et on a surtout le devoir de se projeter dans un avenir meilleur pour nos enfants et nos petits-enfants !


« Le jour où je vais disparaître, j'aurai été poli avec la vie car je l'aurai bien aimée et beaucoup respectée. Je n'ai jamais considéré comme chose négligeable l'odeur des lilas, le bruit du vent dans les feuilles, le bruit du ressac sur le sable lorsque la mer est calme, le clapotis. Tous ces moments que nous donne la nature, je les ai aimés, chéris, choyés. Je suis poli, voilà. Ils font partie de mes promenades et de mes étonnements heureux sans cesse renouvelés. Le passé c'est bien, mais l'exaltation du présent, c'est une façon de se tenir, un devoir. Dans notre civilisation, on maltraite le présent, on est sans cesse tendu vers ce que l'on voudrait avoir, on ne s'émerveille plus de ce que l'on a. On se plaint de ce que l'on voudrait avoir. Drôle de mentalité! Se contenter, ce n'est pas péjoratif. Revenir au bonheur de ce que l'on a, c'est un savoir vivre. »
Olivier de Kersauson

Soyons optimistes et serrons-nous les coudes pour que le monde s’améliore pour eux.

Et je vous souhaite de belles lectures, des balades pour garder la forme, des bons petits plats, des voyages, des moments partagés en famille ou avec des amis qui sauront, jen suis sûre, éclairer la nouvelle année que nous venons dentamer et, je vous le rappelle, qui nous permettra de nous retrouver en septembre prochain.

Je vous embrasse,

Ginette

8.12.18

Chroniques de Novembre 2018

par Georges Charles

Samedi 3 novembre

Mairie de Toulouse, Affaires Sociales ; 7e partie, l’art de convaincre ; l’art d’avoir toujours raison
 
Dans les années 1990, la mode était à la privatisation de services publics municipaux, notamment l’eau, l’assainissement et les parkings publics. Cette mode s’était étendue à la gestion des services sociaux et socioculturels ; certaines de leurs missions pouvaient être assurées par des partenaires privés, mieux à même de gérer à la fois le caractère intermittent de ces missions et la situation professionnelle précaire des personnels. La mairie de Toulouse, historiquement très interventionniste (des décennies de gestion socialiste, ça laisse des traces), dirigée par Dominique Baudis, de droite, avait épousé ces modes.
 
À la direction des Affaires sociales, nous avions recours à du personnel vacataire, à la fois dans l’animation et la logistique des centres de loisirs, des centres de vacances et des classes de découverte. Pour contourner les rigidités de la gestion publique, la mairie avait monté de toutes pièces des associations (1) pour gérer ce personnel vacataire.
 
J’ai été dans mon rôle, de cadre et de syndicaliste, lorsque j’ai eu à intervenir en tant qu’expert devant le Comité technique paritaire (instance d’élus municipaux et de représentants du personnel, qui traite de l’organisation des services) pour évoquer la situation des agents de service des centres d’accueil situés hors Toulouse (notamment celui d’Aulus-les-Bains, dans l’Ariège), ouverts toute l’année. Par principe, les agents de la Ville, titulaires, travaillent sur le territoire de la commune.
 
Mes arguments avaient été les suivants : j’ai rappelé l’exemple des musiciens de l’Orchestre du Capitole, titulaires, qui sont parfois en tournée de par le monde ; de plus, le programme de la majorité municipale ne prévoit en rien de mettre un terme à une activité sociale qui date de l’après-guerre. 

Ainsi, ces agents (une dizaine environ), travaillant depuis des années pour un service pérenne, n’avaient pas vocation à être gérés par une association ; bien au contraire, leur titularisation était justifiée. Le CTP a voté en ce sens.
 
Dans une autre vie, j’ai dû lire Schopenhauer (2) et François de Callières. Arthur Schopenhauer, philosophe allemand (1788-1860), fait paraître en 1831 cet ouvrage : L’Art d’avoir toujours raison. Dialectique éristique… ça marche, même quand on a raison ! La renommée de François de Callières, académicien et diplomate sous Louis XIV, n’a cessé de s’affirmer depuis le dernier tiers du XXe siècle. Son ouvrage, De la manière de négocier, est au programme des meilleures écoles de commerce, comme des universités les plus prestigieuses. À Harvard, on voit en Callières l’inventeur de la notion de soft power ; à Tokyo, on s’appuie sur lui pour étudier les relations entre les sexes au sein de l’entreprise… Négocier oui, harceler non ! C’est d’actualité !
 
L’art de convaincre, c’est aussi l’art de négocier. On entend souvent cette phrase, dont l’énonciation est censée régler les problèmes : « il suffit de se mettre autour d’une table et de se parler ! » Oui, mais à condition de savoir ce que l’on vient y faire et d’apporter des provisions, d’admettre pour soi les points à négocier aisément, ceux sur lesquels on tiendra la ligne de front et enfin ceux qui ne sont pas négociables (la  fameuse " ligne rouge " à ne pas franchir). Si l’on s’obstine trop longtemps sur les premiers, on se fatigue et on fatigue l’adversaire.
 
Quelques règles de négociation : ne jamais perdre de vue ce que l’on veut obtenir, in fine ; ne jamais oublier ce que veut l’adversaire ; quand on se trouve acculé, donner du mou, on le récupérera plus tard.



François de Callières (1645- 1717) : De la manière de négocier avec les souverains (1716).

« C’est un des grands secrets de l’art de négocier que de savoir distiller goutte à goutte dans l’esprit de ceux avec qui on négocie les choses dont on a intérêt à les persuader. »


(1) Associations parfois présidées par des élus municipaux… qui votaient les subventions à ces associations. Heureusement que les juristes veillent ; ces associations ont été rapidement dissoutes ou remplacées par d’autres, desquelles les élus municipaux étaient exclus.

(2) Dans le film Le brio, d’Yvan Attal, il en est beaucoup question.
 


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2.11.18

Chroniques d'Octobre 2018

par Georges Charles

Mardi 2 octobre

La loi du genre ; 35e partie, la " charge mentale "

 En mai 2017, la BD Fallait demander de la blogueuse Emma (300 000 abonnés) s’était propagée sur la toile grâce à Facebook. Elle y dépeignait le quotidien de millions de femmes et mères qui, en plus de s’occuper des tâches ménagères, doivent coordonner toute l’intendance de la maison. Emma expliquait en dessins et avec des mots simples le fameux concept de " charge mentale " : la femme doit « penser à tout » quand l’homme se contente souvent « d’aider… si on lui demande ».


Qui fait quoi à la maison ? Cette question peut constituer désormais un vrai champ de bataille au sein de la famille et du couple : comment répartir les tâches ménagères, l’éducation des enfants, en lien avec l’implication dans la vie professionnelle ? Les femmes passent encore deux fois plus de temps à s’occuper des enfants et trois fois plus de temps à s’acquitter des tâches ménagères que les hommes.
La réduction du temps de travail à 35 heures par semaine, à la fin des années 1990, a-t-elle eu un effet sur cette répartition ? Il semble que non, les hommes bricolant encore plus, les femmes consacrant encore plus de temps aux enfants et au ménage.

Une famille avec enfants est une petite entreprise, avec des plannings pour chacun, des agendas à multiples entrées nécessitant une coordination de tous les instants. Face à cette suractivité familiale, les hommes et les femmes n’ont pas la même attitude : mode " cool " pour les hommes, mode " chef de projet " pour les femmes. L’esprit de la femme reste encombré par les soucis domestiques et la gestion du foyer même quand elle travaille ; la femme a la " famille dans la tête ".

Elles disent qu’ils n’en font pas assez, ils disent qu’elles veulent tout contrôler… Moralité : l’homme devrait quitter sa zone de confort et la femme devrait accepter de lâcher prise.

Mon expérience personnelle ? Une succession de " chances ".

La chance d’avoir, à l’adolescence, travaillé pendant les vacances scolaires comme saisonnier dans l’hôtellerie-restauration sur différents postes, plongeur, commis de cuisine, serveur, valet de chambre, etc., à l’âge ou en général, les adolescents deviennent fainéants.

La chance d’avoir connu l’internat au collège et au lycée : un garçon doit apprendre à gérer son linge. C’est bien au domicile familial, où la mère est omniprésente, que l’adolescent prend l’habitude de laisser traîner ses chaussettes sales dans sa chambre… Chance encore : ma mère m’a appris à repasser.

Chance toujours ; j’ai pratiqué la garde alternée dans les trois premières années de mon fils aîné ; dans un tel contexte, c’est simple, on porte 50 % de la charge mentale.

Autre chance enfin ; vivre avec une femme portée par le même investissement professionnel que moi, d’où un partage équitable des responsabilités familiales et domestiques.

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11.10.18

Chroniques de Septembre 2018

par Georges Charles

Lundi 3 septembre

La boîte magique des mots


Mon petit-fils William gardera de bons souvenirs de ses vacances, notamment de cette journée sur la plage de Contis (Landes) où il avait attrapé un tractopelle volant. L’engin paraît bien minuscule dans la main du géant William-Gulliver. C’est aujourd’hui la rentrée.


Il entre en deuxième année de maternelle. Qu’a-t-il appris, jusqu’à présent ? Comment s’est opérée la fusion entre ce que sa famille lui transmet et les apprentissages à l’école ?

Le rencontrant régulièrement, j’ai pu constater l’enrichissement permanent de son vocabulaire. Dès lors qu’il comprend que je comprends ce qu’il dit, la complicité s’instaure. 

Le premier mot. L’âge d’apparition du premier mot se situe entre 8 et 14 mois. Ce premier mot a plus de signification pour l’enfant qu’il n’en a pour l’adulte, c’est pourquoi on le qualifie de " mot-phrase " car il ne renvoie pas seulement à un objet, mais à une action ou une situation.

J’ai le souvenir du premier mot prononcé distinctement par ma jeune soeur. Nous sommes dans les années 1950 dans la cuisine de la maison familiale ; un meuble sert à entreposer des bûches de bois pour alimenter la cuisinière (et il faut l’alimenter souvent, en hiver, dans les Vosges) ; c’est la " caisse à bois " et ce mot est dit maintes fois : « il faudra remplir la caisse à bois ! », « prend une bûche dans la caisse à bois ! », « pose ça sur la caisse à bois ! » Alors, dans le silence, elle dit un jour : « caisse à bois ! ». Comment ça s’écrit ? Kèsaboi ? Kéçaboi ?

Autour de 12 mois, l’enfant dit ses premiers mots. Vers 18 mois, il en aura une cinquantaine dans son vocabulaire, qu’il est capable de combiner pour composer de courtes phrases. À 2 ans et demi, l’enfant dit 100 mots et en comprend 200. Au-delà de ce répertoire, la vitesse d’acquisition s’accroît, le vocabulaire s’enrichit et les phrases se complexifient. Autour de 4 ans, les enfants commencent à agir volontairement sur autrui par le langage et à se représenter l’effet qu’une parole peut provoquer. Un enfant de 6 ans qui a passé trois ans en école maternelle possède environ 2 000 mots ; un enfant resté au domicile, 500.

Pour retrouver le souvenir de mes propres apprentissages, il faudrait que je feuillette des livres de lecture et de calcul du primaire des années 1950. Avec une patience mesurée, j’attends que William entre dans l’univers du " lire, écrire, compter " pour m’émerveiller à nouveau.

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6.10.18

Le poteau rose

par Gabriel Barnet
 
Amis de l'académie du Préfa, bonjour

Grand merci aux jurés qui ont pensé me nominer pour la réalisation de mon court métrage, tourné à Giverny, en septembre 2017 :

« Pass'ouar la gamelle que j'touille la salade ».

J'en suis flatté, d'autant plus flatté qu'il est bien connu que ceux qui disent du bien de vous sont toujours des personnes intelligentes et intéressantes. Si ! Si !

Je suis très satisfait de constater que ce court métrage ait donc brillamment réussi à mettre en exergue l'odorante fugacité et l'émouvante délicatesse des sentiments exprimés au cours d'une mémorable soirée. La mise en Seine s'est attachée à les traduire le plus intensément et le plus fidèlement possible, malgré certaines conditions dantesques provoquées et alimentées par un projet culinaire des plus originaux, un brusque vent de folie à l'office, une suicidaire varappe de Claude pour accéder à la dernière étagère du bahut deux corps, un quiz démoniaque donnant le tournis à notre hôtesse, … enfin bref un flash expressionniste chez les impressionnistes.

Aussi, c'est avec un immense plaisir, non dissimulable, que j'apprends cette nomination, premier tremplin vers une réception de ce prix si prestigieux et si convoité, décerné par notre docte académie.

Comme je ne m'y attendais pas, je n'ai rien préparé. Me voilà tout couillon en haut de l'estrade. Je suis donc bien dans une ambiance habituelle, bien rodée, style remise des Césars. Rien que du normal.

En revanche, je ferai dans l'original en ne vous assommant pas d'une fastidieuse et ennuyeuse litanie de merci.

Je n'adresserai qu'un seul merci ...
 ... en direction du public / jury dont la finesse, le raffinement et la clairvoyance constituent autant de poêles à frire, susceptibles de dénicher les véritables talents, si profondément enfouis soient-ils.

Je ne dirai donc pas
 … merci ... à mes paroliers, nègres de l'ombre, sans lesquels la page blanche et vierge est condamnée à ne s'apparenter à tout jamais qu'à une stérile et immaculée conception intellectuelle

merci ... au petit Jésus qui, malgré ses 7 milliards de patients au compteur, n'oublie jamais de me faire la mensuelle petite piqûre de rappel en dopamine

... merci … à Emmanuel Kant dont l'examen trop tardif mais très approfondi de ses "Fondements" fut pour moi une révélation, en me faisant prendre conscience de l'impérieuse nécessité de faire de la vie une fête continuelle. «Tu dois donc tu peux ! ». Mais bon sang, mais c'est bien sûr !

.. merci … à Henri Bergson dont le Rire si chaudement communicatif invite, lui aussi, à considérer l'existence comme un perpétuel amusement.

... merci … au camarade Michel T. dont les audacieuses pitreries et les étonnantes éblouissures étaient capables de faire sortir de son semi coma l'élève enraciné en fond de classe ; subitement réveillé, ce dernier pensait vivre alors le côté rigolard de la "Métaphysique des mœurs".

merci … à maman.

Je termine toujours par maman. Ca lui fait plaisir et en plus elle doit quand même y être pour quelque chose dans c't'histoire, non ?
***
Bref ! Venons-en au fait.

Tous ces prolégomènes pour vous informer de ma probable décision de présenter un petit spectacle … à ma sauce ; peut-être à l'automne 2019, si je me sens prêt et … si je ne me déballonne pas à la dernière minute.

Le sage aurait dit que c'est parce nous n'osons pas que c'est difficile et non l'inverse.

Que voilà une saine réflexion qui décrasse le carburateur.
"To bid or not to bid ? ", peu importe donc. Osons !

Mon intention est de reprendre des sketches des mois, années ou décennies passées, de les dépersonnaliser pour certains et de les "pinçeàlinger" sur un improbable fil rouge qui se déviderait en fonction du scénario imaginé et, de préférence, en interaction avec le public.

Le show serait intitulé :
( « Gaby va faire son intéressant dans ...)
... Le poteau rose ».


NB1. L'entrée sera évidemment gratuite pour les anciens combattants de la classe Philo 1965, alors qu'elle sera non payante pour les autres spectateurs.

NB2. Je ne commencerai pas au stade de France mais dans une salle ou un théâtre de verdure de hameau, niché en Basse Moselotte. Je n'éprouve aucune inquiétude quant à l'espace public, dans la mesure où, magicien à mes heures, j'ai appris à transformer un public de 50000 personnes en un public de 50.
 

5.9.18

Chroniques d'Août 2018

par Georges Charles

Mercredi 1er Août

En passant par la Lorraine, 11e partie ; " il faut sauver le soldat Valrupt Industries "

L’avenir de Valrupt Industries (fabrication et tissage de produits textiles de literie, de linge de maison, d’ameublement, etc.), de Rupt-sur- Moselle, Vosges, fondée en 1837, s’est joué le 1er août au tribunal de commerce de Paris. C’est le projet de reprise partielle qui a été retenu   l’autre projet, proposant une reprise globale de l’une des dernières entreprises de tissage-filature et de confection textile en France, pourtant jugée " meilleure " sur le plan social (49 emplois maintenus) a été écarté.
La partie confection est reprise, mais la filature et le tissage sont pour l’instant sur le carreau. L’entreprise était placée en redressement judiciaire depuis le 1er mars dernier ; elle comptait alors 130 salariés, contre 102 le jour de l’audience. Le projet retenu ne gardera que 26 postes.

A quoi sont liées les difficultés de Valrupt ? Les deux tiers du chiffre d’affaires sont réalisés via la grande distribution, rendant l’entreprise dépendante des centrales d’achat. La politique de baisse des prix de celles-ci a entraîné l’érosion des marges qui seraient passées de 28% à 15-20% en dix ans. Par ailleurs, la concurrence accrue dans le secteur du textile et la hausse historique du coton au printemps 2017 ont été des facteurs aggravants.

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