14.6.26

Chroniques de Mai 2026

 par Georges Charles

Lundi, 4 mai

Le ciel toulousain, vu d’un balcon du 10e étage

- Eh ! Qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J’aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !

Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869 

Lorsque je résidais 9, boulevard des Minimes, j’avais parfois l’idée de m’installer dans un hamac, sur le balcon et d’observer le ciel, la vie du ciel. Le hamac place dans un état d’apesanteur impossible à connaître dans un lit, où le poids du corps exerce tout son pouvoir. Une nuit d’orage, quand les lézardes telluriques de la foudre zèbrent mon " ciel de lit ", quelle expérience fantastique ! 

L’appartement étant traversant, les fenêtres de la cuisine, de la salle de bains et d’une chambre donnent au nord-est. Il faut se lever tôt pour apprécier le lever du soleil, à hauteur de la colline de Jolimont. Les premières lueurs de l’aube enflamment le ciel de traînées bleues et mauves.

Au moins une fois dans notre vie, nous avons assisté à un lever de soleil sur la mer : un horizon couleur grenadine, avec des fragments de violet et d’orangé ; puis le soleil émerge de l’onde.

Dans le spectacle des nuages et de leur déplacement, l’extrême variété et mobilité des couleurs et des formes est propice à l’imaginaire. Quand ils se déplacent rapidement, ils sont chevaux au galop, trains lancés à toute allure ; quand ils sont immobiles, ils se font cathédrales ou champignons atomiques. 


L’un des nuages les plus " dangereux ", le Cumulonimbus capillatus incus


 Les nuages sont des bouquets de roses blanches. Les nuages sont des continents aux contours fantaisistes, comme ceux que l’on dessinait sur les cartes anciennes, avant les Grandes découvertes. Les nuages sont des animaux mythologiques, fantasmagoriques ; des centaures, des hydres, des gorgones, des aliens. Les nuages sont des bêtes féroces qui s’entredéchirent en se rencontrant ; à la fin, le plus féroce a absorbé le plus faible.

Le plus spectaculaire, pour un oeil qui connaît les contours de l’Europe, c’est d’assister à la dérive de la péninsule scandinave vers les Îles britanniques. Ces mêmes Îles Britanniques se transforment ensuite en tête de dragon, mâchoires ouvertes sur des restes de proies ; derrière, des voiles effilochés à l’infini. Le ciel peut également ressembler à un immense paysage de montagnes grises inversées, pointant leurs sommets vers la terre. Certains jours, des nuages noirs ressemblent à des gros bouts de coton trempés dans de la suie. 


 Le soir, le soleil s’effondre à l’ouest derrière l’horizon de Blagnac ; le liséré du bas est couleur fer rouge et métal en fusion, plus haut, c’est un feu d’artifice de rose, d’orange et de mauve, avant de s’effacer dans des gris.

La nuit, la ville revêt un manteau royal piqueté de pierres précieuses, des émeraudes, des rouges, des oranges, les bleus des écrans de télévision, l’éclairage urbain et les feux de circulation. Les lumières de la ville ressemblent aussi à un feu de camp en train de s’éteindre, avec des braises rouges et jaunes qui respirent encore.

 

Nuit d’automne : sur un fond de toile azur très soutenu, un peintre, paresseux dans ses gestes, a jeté çà et là des éclaboussures de nuages blancs, qui s’effilochent au fur et à mesure que l’on s’éloigne de l’épicentre des jets.

Le balcon ne sert pas seulement à observer les nuages qui prennent le ciel pour leur terrain de jeu. La nuit, en direction de l’ouest, je retrouve Mizar, Alioth et Megrez, trois étoiles formant la queue de la " grande casserole ", ou du " grand chariot ", l’un des astérismes les plus connus de l’hémisphère nord.


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6.6.26

Chroniques d'Avril 2026

par Georges Charles

Jeudi 2 avril

Alignement de planètes

Sens figuré : concomitance exceptionnelle de plusieurs événements, généralement favorables. C’est un peu ce que je suis en train de vivre actuellement.


Après l’amputation d’une partie de la jambe gauche, il m’était difficile d’envisager un retour à domicile sans anxiété : les deux ascenseurs de l’immeuble desservant trois étages à chaque arrêt, il y avait 16 marches à gravir pour accéder à l’appartement n°100, au 10e étage ; dans l’appartement, les passages de porte étaient trop étroits pour circuler aisément en fauteuil roulant. Décision à prendre : changer d’air ! Jeconfiais la vente de mon bien à une agence immobilière qui, par ailleurs, fait fonction de syndic pour l’immeuble.


Depuis début janvier dernier, chaque jour, je consultais les résultats de l’alerte " Se loger.com " à la recherche d’un appartement de type 3, d’environ 65/70 m², en centre-ville de Toulouse, si possible près du canal du Midi. 

J’ai dû consulter des centaines d’annonces, à raison d’une dizaine par jour ; dans le lot, une courte liste de 7 ou 8 propositions intéressantes. Dans le même temps, Boris, mon fils cadet, suivait les alertes sur l’application " Leboncoin immobilier ". C’est lui qui a trouvé la perle rare.


An centre-ville, proche de la place Dupuy (l’ancienne Halle aux grains y accueille des concerts classiques), le Port Saint-Sauveur est sur la rive gauche du canal du Midi. Le n° 25 dispose d’une terrasse vitrée avec vue, du 3e étage, sur des bateaux ! 

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28.4.26

Chroniques de Mars 2026

 

par Georges Charles

Mercredi 4 mars

La France, fille aînée de la laïcité ; 3e partie, la Révolution de 1789
 

Le 5 mai 1789, ouverture des États-généraux ; 17 juin, les députés du Tiers état se constituent en assemblée nationale ; 20 juin, Serment du Jeu de paume, l’assemblée nationale est déclarée constituante ; 14 juillet, prise de la Bastille ; 4 août, abolition des privilèges de la noblesse et du clergé catholique ; 26 août 1789, déclaration des droits de l’homme et du citoyen et 1ère constitution. 


Article 1er : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Article 6 : La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.

Article 10 : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. 

Les députés constituants, représentants d’une élite plus ou moins cultivée, n’avaient pas chômé ! À peine plus d’un mois après la prise de la Bastille, ils " pondaient " un texte fondateur, comme si les principes de cette déclaration des droits étaient déjà plus ou moins précis dans leur tête. Certains étaient imprégnés des idées de la philosophie des Lumières ; certains devaient avoir, dans leur bibliothèque, des ouvrages des Encyclopédistes et de Voltaire.

 Ce qui change, dans la France catholique de Louis XVI, c’est l’égalité juridique accordée à tous les citoyens, notamment les Protestants qui étaient des sujets du roi de seconde catégorie. Pour les Juifs, il faudra attendre un décret de 1791. 

Le député Condorcet (scientifique, mathématicien, philosophe) avait présenté en 1792 un projet de réforme visant à créer un système d’enseignement laïc, une égalité d’accès à l’instruction sans distinction d’âge, de sexe ou de classe et la gratuité de l’école élémentaire. 

Le pape avait condamné la Révolution française dès mars 1790. Juillet 1790, loi sur la constitution civile du clergé, après 274 années de concordat depuis François Ier. Elle organise l’Église de France, suite à la nationalisation de ses biens en  novembre 1789. La première séparation entre l’Église et l’État est instaurée en 1795. 

Cette séparation sera remplacée en 1801 par un concordat passé entre le Premier consul, Napoléon Bonaparte, et le pape Pie VII. 

En préambule, il est dit que « la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la grande majorité des Français » ; articles 14 et 15 : « le gouvernement assurera aux évêques et curés un traitement
convenable et autorisera les fondations en faveur des églises. » À l’alliance multiséculaire du trône et de l’autel, succède celle du sabre et du goupillon. En 1808, un décret sur l’éducation prévoit notamment que les écoles doivent désormais suivre les « principes de l’Église catholique ».

Louis XVIII rétablira le catholicisme comme religion d’État en 1814. 

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11.3.26

Chroniques de Février 2026

par Georges Charles

Mardi 3 février

Mens sana in corpore sano ; 82e partie, la France est-elle une nation sportive ?

Avant les JO de Paris 2024, trois champions s’étaient exprimés sur le thème de la " France sportive ". Teddy Riner, triple champion olympique de judo, Florent Manaudou, nageur médaillé d’or à Londres en 2012 et l’ancienne sprinteuse championne du monde du 4 X 100 mètres Christine Aron : « La France n’est pas un pays de sport. » Ce qu’il lui manquerait ? Une certaine perception collective, une place privilégiée accordée au sport dans la société, une politique publique sportive, notamment une réelle éducation au sport, un véritable enseignement d’EPS dès l’école primaire. Ces manques sont à rapprocher du dédain pour le sport manifesté par les élites nationales.

Les JO ont-ils changé le regard des Français sur le sport ? Une nation peut être capable d’organiser de grands événements sportifs sans être pour autant une nation sportive (exemple de la Coupe du monde de football au Quatar en 2022). 

Depuis 1896, la France a décroché 758 médailles ; à la 5e place mondiale. Par contre, si l’on s’intéresse aux six dernières éditions, depuis Sydney en 2000, la France est à la 8e place, loin derrière les nations continents, États-Unis, Chine et Russie. 

Les sportifs français sont très bons en sports collectifs, mais ceuxci rapportent moins de médailles que l’athlétisme. La discipline la plus pourvoyeuse de médailles tricolores est le judo… où la France est surclassée par le Japon. 

Les Français se passionnent pour les sports collectifs ; chaque week-end, près de 2 millions de personnes regardent du football, du rugby, du basket, du handball ou du volley à la télévision. Dans l’ensemble des sports collectifs, 9 millions de licenciés en France, 22 millions en Allemagne; rien qu’en football, 2 millions de licenciés en France, 7 millions en Allemagne. 

Supporters anglais

Les Anglais ont inventé le football et le rugby, les Allemands le handball, les Américains le basket, les Canadiens le volley-ball.

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13.2.26

Chroniques de Janvier 2026

 par Georges Charles

Vendredi 2 janvier

Dix-sept ans de chroniques, de 2009 à 2025 

J’avais clôturé les chroniques de l’année dernière par l’évocation de la disparition de ma mère, en novembre 2008, à l’âge de 90 ans. 

Le lien entre les deux événements, le début de la rédaction des chroniques en janvier 2009 et le décès de ma mère avait été établi ainsi : passer quelques jours, seul avec elle, à Zainvillers (Vosges), depuis plus d’une dizaine d’années, avait fait " remonter " bien des souvenirs, qu’ils tiennent à la fois à notre relation et au fait de revenir régulièrement au village natal. D’où l’idée de ne pas laisser perdre les émotions et les idées suscitées. Il est peut-être salutaire d’aller voir ailleurs, loin de la famille et du village, si l’herbe n’est pas plus verte ; il est tout aussi salutaire d’admettre que l’enfance et l’adolescence ont forgé l’adulte. Jusqu’à quel point ? 

Entre 2009 et 2025, j’avais laissé dans ces chroniques une place aux évocations personnelles ; j’avais remonté le temps. Cette démarche est aujourd’hui caduque et inutile. 

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12.1.26

Voeux 2026 de Ginette

Remiremont, le 12 janvier 2026 

 Chers amis,

Nous avons déjà parcouru un bout de chemin en 2026, néanmoins j’aimerais vous souhaiter bon vent à tous avant de nous laisser emporter vers le printemps.

Bonne année et bonne santé à vous tous !

Ces mots répétés tellement de fois auxquels nous donnions si peu de sens dans notre enfance en prend maintenant une bonne dose chaque premier janvier. Ne pensez-vous pas, comme moi, que nos anniversaires reviennent plus vite d’année en année, un peu trop vite ?

Et pourtant, réjouissons-nous et soyons heureux de fêter nos anniversaires !

D’ailleurs, si je ne me trompe, l’année 2026 verra plusieurs d’entre nous fêter leurs 80 ans. Personnellement je fais partie de la série des 18 élus, oui 18 élèves sur 48 de notre classe de philo sont nés en 1946. Pas mal, non ?

En conséquence, voyons les choses avec philosophie (revenons sagement aux sources), et essayons de mettre de l’optimisme dans nos vies même s’il est difficile de penser à ceux d’entre nous abandonnés en chemin. Le destin des hommes est impitoyable, nous pensons souvent à nos copains disparus et à leurs proches, et même si nous aimerions tous voir les choses autrement, nous en sommes réduits à continuer seuls.

Je n’oserai pas m’avancer sur le sujet de plus en plus préoccupant des circonstances mondiales actuelles, nous nous inquiétons et nous nous demandons ce que sera l’avenir de nos petits-enfants. Là encore, nous ne sommes que des témoins sans recours.

Alors, pourquoi ne pas rechercher autour de nous des raisons toute simples de nous rendre heureux et je souhaite à chacun de vous d’éprouver, dans sa vie de tous les jours, des petits moments de bonheur.

Pourquoi ne pas les chercher dans un livre, devant un film, devant une fleur de son jardin, dans la nature, ou encore en lisant le message chaleureux d’un parent ou d’un ami.

Sachons donner de l’importance à chaque événement positif autour de nous. Il est important d’en chercher chaque jour , il y a l’exercice physique, bien nécessaire pour garder la forme, il y a aussi la maîtrise de ses pensées !

 Et, en ce qui concerne notre petit groupe du Bac65, trouvons des moyens de nous retrouver dès que cela est possible. 

Il y a exactement 20 ans, je vous ai recherchés et depuis, nous ne nous sommes plus quittés. Que les bons moments entre nous se répètent, que 2026 soit une année riche de rencontres, de balades et de repas partagés –il est encore temps de vous inscrire pour le séjour à Mulhouse en septembre prochain. Chacun est le bienvenu !

Je ne suis pas madame bien-être, je suis désolée de ne pas avoir de conseils à donner et pourtant je pense que le rôle de chacun est de se stimuler soi-même et de stimuler son voisin quand c’est possible.  Encourageons-nous les uns les autres, restons à l’écoute, de même suscitons au besoin l’expression de ceux qui souffrent ou qui n’en peuvent plus pour ne pas les laisser s’enliser.

Et, en ce qui concerne notre petit groupe du Bac65, trouvons des moyens de nous retrouver dès que cela est possible. Il y a exactement 20 ans, je vous ai recherchés et depuis, nous ne nous sommes plus quittés.
Que les bons moments entre nous se répètent, que 2026 soit une année riche de rencontres, de balades et de repas partagés –il est encore temps de vous inscrire pour le séjour à Mulhouse en septembre prochain. Chacun est le bienvenu !

 Je vous envoie mes amitiés et je vous embrasse, GINETTE

 

6.1.26

Bonne Année 2026 !


Bonne et heureuse année à tous les amis du bac 65 ... 

Chroniques de Décembre 2025

 par Georges Charles

Mercredi 3 décembre

Le moignon, 4e partie, la clinique du Cabirol, Colomiers

Pour évoquer mon changement physique, j’ai simplement appelé cette rubrique " Le moignon " ; autour de moi, l’imagination n’est pas en reste : pourquoi pas " L’homme de Cro-Moignon ", ou bien " Le journal d’un amputé " ? 

Dans la journée, je quitte (pour la troisième fois) la clinique Rive gauche où j’ai été opéré, pour une clinique de rééducation, le Cabirol. 

 

La clinique, fondée en 1970, est située à 13 kilomètres de Toulouse et à 2 km du centre-ville de Colomiers, deuxième ville du département. Établissement privé du groupe Douce France Santé, géré par Emeis, la clinique est un centre de soins médicaux et de réadaptation, spécialisé dans les pathologies de l’appareil locomoteur et du système nerveux. L’établissement dispose d’une capacité de 100 lits en hospitalisation à temps complet et de 15 lits en hospitalisation de jour.

 Le château du Cabirol a été construit à la fin du XIXe siècle, sur le modèle du château d’Henri IV à Pau. Occupé depuis 1970 par les services de la clinique du même nom, le château était à l’abandon au début des années 2000, lorsque la clinique s’était installée dans de nouveaux bâtiments. Depuis, le château a été vendu et transformé en appartements. 


 

 Je resterai ici pendant au moins trois mois. Je devrais en sortir relativement autonome, avec une prothèse de jambe et un fauteuil roulant, ce dernier étant remboursé par l’Assurance maladie depuis le 1er décembre.

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