par Georges Charles
Lundi, 4 mai
Le ciel toulousain, vu d’un balcon du 10e étage
- Eh ! Qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J’aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !
Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869
Lorsque je résidais 9, boulevard des Minimes, j’avais parfois l’idée de m’installer dans un hamac, sur le balcon et d’observer le ciel, la vie du ciel. Le hamac place dans un état d’apesanteur impossible à connaître dans un lit, où le poids du corps exerce tout son pouvoir. Une nuit d’orage, quand les lézardes telluriques de la foudre zèbrent mon " ciel de lit ", quelle expérience fantastique !
L’appartement étant traversant, les fenêtres de la cuisine, de la salle de bains et d’une chambre donnent au nord-est. Il faut se lever tôt pour apprécier le lever du soleil, à hauteur de la colline de Jolimont. Les premières lueurs de l’aube enflamment le ciel de traînées bleues et mauves.
Au moins une fois dans notre vie, nous avons assisté à un lever de soleil sur la mer : un horizon couleur grenadine, avec des fragments de violet et d’orangé ; puis le soleil émerge de l’onde.
Dans le spectacle des nuages et de leur déplacement, l’extrême variété et mobilité des couleurs et des formes est propice à l’imaginaire. Quand ils se déplacent rapidement, ils sont chevaux au galop, trains lancés à toute allure ; quand ils sont immobiles, ils se font cathédrales ou champignons atomiques.
Le plus spectaculaire, pour un oeil qui connaît les contours de l’Europe, c’est d’assister à la dérive de la péninsule scandinave vers les Îles britanniques. Ces mêmes Îles Britanniques se transforment ensuite en tête de dragon, mâchoires ouvertes sur des restes de proies ; derrière, des voiles effilochés à l’infini. Le ciel peut également ressembler à un immense paysage de montagnes grises inversées, pointant leurs sommets vers la terre. Certains jours, des nuages noirs ressemblent à des gros bouts de coton trempés dans de la suie.
La nuit, la ville revêt un manteau royal piqueté de pierres précieuses, des émeraudes, des rouges, des oranges, les bleus des écrans de télévision, l’éclairage urbain et les feux de circulation. Les lumières de la ville ressemblent aussi à un feu de camp en train de s’éteindre, avec des braises rouges et jaunes qui respirent encore.
Nuit d’automne : sur un fond de toile azur très soutenu, un peintre, paresseux dans ses gestes, a jeté çà et là des éclaboussures de nuages blancs, qui s’effilochent au fur et à mesure que l’on s’éloigne de l’épicentre des jets.
Le balcon ne sert pas seulement à observer les nuages qui prennent le ciel pour leur terrain de jeu. La nuit, en direction de l’ouest, je retrouve Mizar, Alioth et Megrez, trois étoiles formant la queue de la " grande casserole ", ou du " grand chariot ", l’un des astérismes les plus connus de l’hémisphère nord.





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