7.11.20

Chroniques d'Octobre 2020

par Georges Charles

Jeudi 1er Octobre

La grand-mère maternelle de mon fils Boris (ma belle-mère, pendant une longue période de ma vie) vient de nous quitter, comme on dit. Celles et ceux qui l’ont connue l’appelaient " Jaja ", diminutif de Jeanine (1). Chacune et chacun garderont d’elle une image particulière, personnalisée ; en ce qui me concerne, j’ai été surtout impressionné par son dynamisme, son esprit entreprenant et indépendant. Pour bien comprendre son parcours, il faut le replacer dans le contexte historique de l’après-guerre. Née en 1928 à Villeneuve d’Aveyron où elle aura passé une grande partie de sa vie, elle décide après la guerre de prendre sa vie en main et d’entrer dans la vie active, grâce à ses compétences de couturière. D’abord dans un atelier de confection de vêtements militaires (c’était, à l’époque, une affaire qui marchait), où elle s’imposait vite dans une fonction de " contremaîtresse ". Ensuite dans le petit commerce de vêtements, prêt-à-porter, mercerie, bonneterie.

Son activisme s’est orienté également vers la communautévillageoise ; deux mandats de conseillère municipale, dont un en qualitéde première adjointe ; participation dans diverses associations, comitédes fêtes, Téléthon, fête médiévale (elle supervisait la confection descostumes d’époque).

" Aveyron, terre de mission " ; c’est ce que disait le clergé de ce département plutôt conservateur face aux hérésies, d’abord la cathare, ensuite la protestante. Jaja était une catholique très pratiquante et impliquée dans la vie de la paroisse ; elle ira au paradis (2), retrouver Marius, son mari, le " De la Quintinie " aveyronnais, évoqué dans une chronique du mois précédent sur les fruits et légumes.

Chacun son souvenir. Le mien sera le suivant : soucieux de parler d’un temps que je n’ai pas connu, j’avais à plusieurs reprises engagé des conversations avec elle où je lui demandais de nous restituer l’état d’esprit de l’immédiat après-guerre, au début des Trente glorieuses. Une remarque de bon sens, de sa part : le pays était tombé si bas pendant la guerre et l’occupation qu’il ne pouvait que remonter ; alors, les gens de ce temps s’étaient retroussé les manches…

Jaja, c’était quelqu’une ! N’avait-elle que des qualités ? Non, elle devait avoir peut-être les défauts de ses qualités (3).

 

Villeneuve-d’Aveyron, la patrie de Jaja et de sa famille

(1) Jaja, terme argotique pour désigner le vin ; alors que cette dame détestait l’alcool etses effets. Ce terme viendrait de l’expression occitane " jajare ", boire beaucoup ; ou bien de la déformation de " jajin ", qui signifie vin défendu, non casher, en judéoalsacien de la fin du XIXe siècle.

(2) Depuis le début de l’humanité, il y aurait eu près de 80 milliards de morts, dix fois plus que le nombre de vivants actuellement sur la planète. Croire, comme les chrétiens, à la résurrection des morts, c’est prendre le risque de créer un sacré bordel sur Terre.

 (3) « On a toujours les défauts de ses qualités, rarement les qualités de ses défauts. » H.G. Wells, écrivain britannique.

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9.10.20

Pour les gourmands

et les gourmets, car aujourd'hui je vous envoie un document sur le village de KRAUTERGERSHEIM et sa célèbre choucroute.

On traverse Krautergersheim sur la route menant des Vosges vers Strasbourg (à environ 20 kilomètres au sud de la capitale du Grand Est) et là, à perte de vue on ne voit... que des choux !

Les habitants sont appelés les Chouvilloises et les Chouvillois, en référence au chou qui se dit Kraut en allemand (alémanique krüt). 
(Je me rappelle qu'en patois de Xertigny, mes grands-parents appelaient la choucroute "sürkrüte" (Sauerkraut en Allemand), intéressant, non ?).

Au début du xvie siècle, le préfixe Kraut a été ajouté au nom de la localité pour la distinguer de son homonyme (ou presque homonyme : Gerstheim) située à proximité de Molsheim ;  ce nom témoigne de l'ancienneté de la culture intensive du chou et de la fabrication de la choucroute.

Rien de surprenant à ce que la commune se proclame capitale de la choucroute qui est mise en valeur le dernier dimanche de septembre lors de la Fête de la choucroute.

Le goût pour la choucroute s'est étendu tout naturellement dans les Vosges voisines où de nombreux habitants de l'âge de nos parents confectionnaient eux-mêmes leur choucroute chaque automne pour tout l'hiver. 

 Ginette

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6.10.20

Chroniques de Septembre 2020

 par Georges Charles

Mardi 1er septembre

Événement collectif, la rentrée des classes ; événement particulier, mon petit-fils William est en CP. Lire, écrire, compter. Il entre dans un tunnel scolaire d’au moins 12 ans, jusqu’au baccalauréat.

Le tourisme en France 

Ça, c’était avant la Covid 19. 

La France était la première destination mondiale en matière de tourisme : 80 millions de visiteurs en 2016, 90 millions en 2018. Au classement des recettes, la France était 3e , derrière les États-Unis et l’Espagne. Entre 15 et 20 % des visiteurs étrangers ne sont en fait que des automobilistes en transit sur la route de l’Espagne, du Portugal ou de l’Italie ; ceux-là ne déboursent que le minimum sur le sol français et n’y passent, au mieux, qu’une nuit… La comptabilité précise des entrées et des sorties des ressortissants de l’Union européenne et de la Suisse est, par définition, impossible dans un espace régi par le principe de la libre circulation des personnes.

Les deux parcs Disneyland de Marnes-la-Vallée (première destination touristique européenne, premier employeur d’Île-de-France) : 15 millions de visiteurs par an, jusqu’à 50 000 par jour lors des weekends les plus chargés. 

Les touristes chinois : 2 millions en 2018. Ils dépensaient en moyenne 2 500 euros par séjour, dont 1 500 dans les magasins de mode, d’accessoires et de parfums. 

Les touristes étrangers disent souvent : « on vient voir la France, pas les Français ».

 

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7.9.20

Chroniques d'Août 2020

 par Georges Charles

Dimanche 2 Août

Guadeloupe, avril 1999 ; 2e partie, la Grande-Terre Pointe à Pitre.

Idéalement placée au centre de la Guadeloupe, à la jonction entre la Grande-Terre et la Basse-Terre. 

Le centre ancien de Pointe-à-Pitre est une ville coloniale de type XVIIIe siècle, bâtie selon un plan en damier, avec des rues se coupant à angle droit, ses espaces publics et ses équipements administratifs et militaires.


Le marché central
 



Alexis Leger, dit Saint-John Perse, 1887-1975 ; né à
Pointe-à-Pitre. Poète, écrivain et diplomate français,
lauréat du prix Nobel de littérature en 1960
 


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6.8.20

Chroniques de Juillet 2020

par Georges Charles

Jeudi 2 juillet

Trois jours chez ma mère ; 3 e partie, Beaune, ville étape

Il peut sembler surprenant d’ouvrir une rubrique consacrée à des séjours, brefs mais réguliers,  dans les Vosges et de placer, en préambule, des commentaires et observations sur le trajet pour s’y rendre.

Beaune, département de la Côte-d’Or, région Bourgogne- Franche-Comté. En 2019, la population de Beaune était de 21 193 habitants, la 2e commune du département après Dijon.

Pourquoi une halte ici ? Deux raisons, de la plus affective à la plus prosaïque. Dans la culture vosgienne, le vin de Beaune (un luxe !) était réservé à la célébration d’événements familiaux d’importance, baptême, communion, mariage, enterrement… et le reste de l’année, les hommes buvaient du picrate tiré du tonneau. Située à environ 700 km de Toulouse et à 220 km de Zainvillers, c’est une étape idéale, au terme d’une longue demi-journée, pour oublier la fatigue du trajet entrecoupé de haltes dans les fameux " espèces d’espaces " autoroutiers.

L’Histoire, c’est ma marotte. Eudes III, duc de Bourgogne, permet à Beaune d’exister en tant  qu’institution autonome dès 1203. En 1443, Nicolas Rolin, chancelier de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, fonde avec son épouse Guigne de Salins, de la noblesse comtoise, les Hospices de Beaune.

Beaune est considérée comme la capitale des vins de Bourgogne. Au nord, au sud et à l’ouest de la commune s’étend la Côte de Beaune 1 sur laquelle se trouvent nombre d’appellations, parmi les plus prestigieuses ; d’une superficie de près de 6 000 hectares, soit environ le quart du vignoble de Bourgogne. Producteurs et négociants en vin sont présents à Beaune depuis le XVIIIe siècle. Chaque année depuis 1851, les Hospices de Beaune organisent une vente aux enchères de charité de ses productions, de renommée internationale.

Au premier plan, le vignoble de Pommard ;
en arrière-plan, Beaune

Métamorphose de la ville. Au fil des années 1990 et 2000, j’ai vu Beaune se transformer en un îlot riche et mondialisé, au coeur d’un territoire rural géographiquement enclavé. Rue d’Alsace et place Carnot, à proximité de la Halle et des Hospices, ont jailli des succursales de banques, des galeries d’art, des boutiques de luxe (vêtements, décoration, accessoires et babioles coûteuses) qui affichent fièrement le réseau auquel elles appartiennent : Paris, Londres, New York, Tokyo…





Un rituel ; je dîne à Beaune, très bien ; j’arpente ses rues de mieux en mieux aménagées, couvertes de terrasses comme dans le Midi, débarrassées des bagnoles, permettant de contempler librement les façades des hôtels particuliers.

De mes passages ici, reste le souvenir de cette anecdote. Dans un bar à vins-restaurant, je suis à côté d’une table occupée par deux Américains. Lorsqu’ils se lancent dans des blagues sur les Français (toujours les mêmes, « les Français sont prétentieux, paresseux… »), je m’autorise à leur dire, en anglais, que je comprends leur conversation. Ils m’invitent à leur table, où trônent déjà quelques bouteilles entamées des meilleurs crus de la région. Soirée taste-vins : ce sont des acheteurs de grands crus pour le compte de restaurants haut de gamme de New York et de Washington. Par patriotisme, je picole à leur rythme, soutenu. L’ivresse par l’alcool, c’est peut-être la recherche d’une certaine plénitude ; sinon, pourquoi dirait-on alors qu’on est " bourré ", " plein " ou " rond ". Il me faudra de longues minutes pour récupérer mes esprits, me souvenir du code de ma carte bancaire, trouver l’audace de me lever, raide comme seul un homme ivre peut l’être, traverser dignement la salle de restaurant sans dériver ni tomber, viser la porte, sortir théâtralement… et marcher dans les rues en jouant avec l’idée que l’alcool est à la fois une récompense et un refuge, jusqu’à l’hôtel !
 

7.7.20

Chroniques de Juin 2020

par Georges Charles

Lundi 1er juin

 Écolo sì, ma non troppo ; 1ère partie, de bien modestes efforts
 

Selon les Grecs, Gaïa, notre mère la Terre, aurait eu deux filles : écologie et économie. L’étymologie dit : " écologie ", du grec oïkos, maison, et logos, science ; " économie ", du grec oïkos, maison, et nomos, gestion. Science de la maison d’une part, gestion de la maison d’autre part. Les deux filles sont sur le même bateau ; si l’une tombe à l’eau, le bateau chavire.
 
" Dégradation de l’environnement ", " dérèglement climatique ", "atteinte à la biodiversité " ; tout inquiète. En France, l’écologie s’est fait connaître au début des années 1970, mais personne n’imaginait que la situation s’aggraverait à ce point et aussi vite.
 
Et moi, et moi, et moi ? Comme certains et depuis une vingtaine d’années, je " coche quelques cases " : je trie mes déchets ; je choisis la marche à pied, le vélo ou le métro pour les déplacements urbains ; j’achète des fruits et des légumes de saison ; je mange parfois bio ; par manque de finances et de motivation, je prends rarement l’avion ; j’ai remplacé le train par le covoiturage avec BlaBlaCar (une forme d’économie du partage totalement sinistrée actuellement ; une seule option est ouverte : un passager, à l’arrière, pas plus. Ce n’est plus du covoiturage, c’est du taxi, du Uber, du chauffeur de maître !
 
Ce qui ne fait pas pour autant de moi un " écologiste ". Autant l’écologie politique peut se concevoir au sein des pouvoirs locaux dont les compétences sont en lien avec la vie quotidienne des citoyens, autant elle paraît vaine, face à des questions diplomatiques, politiques, juridiques ou sociétales, qui relèvent du pouvoir régalien. Quel pourrait être le point de vue " spécifiquement écologiste " sur des sujets aussi importants que la souveraineté sanitaire, l’intelligence artificielle, le terrorisme islamiste, les violences conjugales?

 La génération des baby-boomers, dont je suis, est parfois stigmatisée pour sa contribution à la pollution. Effectivement, elle a été la première à polluer beaucoup plus que celle qui l’avait précédée. Ce message de nos parents, qui éteignaient la lumière en quittant une pièce, « C’est pas Versailles, ici ! » (imagine-t-on sortir de la salle de bains en laissant les robinets ouverts ?), nous ne l’avons ni appliqué ni transmis et ceux qui nous suivent sont du même genre que nous, grands pollueurs. Je suis donc réservé sur la nature de la soi-disant " mobilisation mondiale de la jeunesse pour l’environnement " ; il s’agit surtout de la jeunesse des pays occidentaux, bien plus pollueurs que les autres et il est normal qu’ils manifestent contre eux-mêmes… En France, les jeunes " en colère " contre la pollution choisissaient souvent le vendredi après-midi pour manifester ; ça rallongeait le weekend.
 
Commentaire d’un journaliste australien à des jeunes qui avaient récemment manifesté pour le climat : « Vous êtes la première génération à avoir demandé la climatisation dans chaque salle de classe ; vos leçons sont toutes faites à l’ordinateur ; vous avez une télévision dans chaque pièce ; vous passez toute la journée à utiliser des moyens électroniques ; au lieu de marcher pour aller à l’école, vous prenez toutes sortes de moyens de transport ; votre protestation est annoncée par des moyens numériques et électroniques. Vous êtes les plus grands consommateurs de biens de toute l’Histoire. Les mômes, avant de protester, éteignez la climatisation, allez à l’école à pied, éteignez votre téléphone et lisez un livre. »


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5.6.20

Chroniques de Mai 2020

par Georges Charles

Vendredi 1er mai


Une loi d’avril 1948 fait du 1er Mai un jour férié, chômé et payé. Pour la première fois depuis longtemps, les travailleurs français n’auront pas, cette année, l’occasion de défiler pour rappeler qu’ils existent. 

 C’est près de Newcastle, en Angleterre, en 1690, qu’est née la première usine au monde, une manufacture de clous pour la marine, de chaînes et de fers destinés à la traite des Noirs. Crowley, maître de forges, avait eu l’idée de rassembler 300 artisans dans un même lieu clos. Il fournissait la matière première et les outils, les artisans fournissaient leur savoir-faire et leur force de travail. Crowley faisait sonner la cloche pour l’embauche, les repas et le coucher des ouvriers, logés sur place, à 21 heures. C’est lui qui a élaboré le premier règlement d’usine.

La Vinaigrerie Dessaux, fondée à Orléans (Loiret) en 1824, était devenue cinquante ans plus tard la première vinaigrerie du monde. Nous sommes en 1880, dans les premières années de la III e République. Voici le règlement intérieur de l’usine.


Le dernier alinéa m’a intrigué. À quelles nouvelles et généreuses lois du Travail les vinaigriers, rédacteurs du règlement, faisaient-ils allusion ? J’ai cherché, en vain : interdiction du travail des enfants de moins de huit ans en 1841, c’est tout. La plupart des lois sociales de la IIIe République sont postérieures : autorisation des syndicats professionnels en 1884, interdiction du travail des enfants de moins de treize ans dans l’industrie en 1892, loi sur les accidents du travail en 1898, loi des huit heures en 1919, semaine de quarante heures et congés payés en 1936 !

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5.5.20

Chroniques d'Avril 2020

par Georges Charles

Mercredi 1er avril

Confinement, J16 ; confinés de tous les pays, unis chez vous !
 
Deux manières de vivre cette période : en s’intéressant aux événements collectifs d’une part, en observant ce que devient notre vie quotidienne d’autre part. Parlons des premiers.
 
La France confinée… et fracturée. Vingt-huit millions de résidences principales, dont seize millions de maisons individuelles et douze millions d’appartements. D’un côté, des veinards qui ont au domicile un petit lopin de pelouse ou de jardin pour y faire venir des tulipes ou des radis ; depuis le confinement quasi général du 17 mars, à part quelques jours maussades, il fait désespérément beau dans le Sud ; le printemps est au rendez-vous, tout est en train de sortir de terre. De l’autre côté, des malchanceux, vivant dans un petit appartement, sans balcon, avec des enfants et un vieux chien et qui, parfois, ne se supportent plus depuis longtemps.
 
La " viralité " des photos et des vidéos, plus ou moins marrantes, qui circulent sur les réseaux dits sociaux et autres applications de messagerie instantanée aussi vite que le virus lui-même. Certes, il faut se contacter, prendre des nouvelles ; faut-il pour autant, transférer, relayer (pardon, " retwitter ") tout ce qu’on reçoit ? C’est de la folie ; je suis présent sur plusieurs listes WhatsApp (à l’insu de mon plein gré) et lorsqu’un message me parvient, il est suivi dans la minute des réponses des autres destinataires indiquant qu’ils l’ont reçu et qu’ils apprécient (pardon, qu’ils " likent "…) Trop de messages tuent la communication. Ceci dit, que serions-nous devenus sans électronique, sans informatique, sans numérique, sans Internet ? Fous !



La solidarité avec les personnels mobilisés. Applaudissements, sifflets, bruits de casseroles, clameurs d’encouragement jaillissant de milliers de fenêtres à 20 heures ; une invention des Italiens, confinés avant nous. Ce phénomène est particulièrement spectaculaire dans les villes où les rues désertes servent de caisse de résonance.

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6.4.20

Chroniques de Mars 2020

par Georges Charles

Dimanche 1er mars

Les élections municipales ; 1 ère partie, le maire, la maire (1) ; notre père ou notre mère à tous ?
 
La campagne électorale des municipales bat son plein. Ce contexte et mon expérience professionnelle à la mairie de Toulouse me donnent quelque légitimité à traiter du thème suivant : la popularité des élus et notamment des maires.
 
Les sondages sur le sujet font souvent apparaître que, pour les Français, le maire serait l’élu le plus populaire. Ils seraient 63 % à le plébisciter, le jugeant compétent (67 %), honnête (67 %) et dynamique (64 %), selon un sondage Odoxa-CGI pour France Info publié en octobre dernier. 78 % des personnes interrogées estimeraient que ce sont les maires qui comprennent le mieux leurs préoccupations au quotidien, contre 5 % pour les conseillers départementaux, 4 % pour les conseillers régionaux, députés nationaux et sénateurs ; le chiffre tombe à 3 % pour le président de la République et 1 % pour les députés européens... Ces résultats ne sauraient être une surprise ; on attend bien d’un maire qu’il soit plus proche du quotidien des gens qu’un député européen !!!
 
Instituts de sondage, journalistes et responsables politiques devraient cependant se garder d’en tirer des conclusions erronées. À la différence des députés nationaux et européens, sénateurs, conseillers départementaux et régionaux qui, chacun, exerce des compétences comparables (en d’autres termes, un député a le même pouvoir qu’un autre député), les maires exercent le même mandat dans des contextes totalement différents. Qu’y a-t-il de commun entre un maire d’une commune de 50 habitants et celui d’une commune de 500 000 habitants ? Peut-on les aimer du même " amour " ? Si les Français sont 63 %  plébisciter leur maire, cette appréciation monte à 68 % chez ceux qui résident dans des communes de moins de 2 000 habitants et décroît dans les grandes agglomérations.

Un élu de proximité, maire, adjoint, conseiller municipal, c’estquelqu’un que l’on rencontre parfois en allant acheter son pain, si l’onréside dans une commune petite ou moyenne ; c’est quelqu’un que l’onpeut solliciter, féliciter, questionner, interpeler, parfois même agresser (2).
 
Par contre, les élus municipaux des grandes villes peuvent en majoritédéambuler dans les rues sans risquer d’être reconnus, ce qui doit peut êtr een chagriner certains.Pourquoi les Français, si prompts au " dégagisme " lorsqu’il s’agit d’élus nationaux, expriment-ils une tendresse affectueuse et fidèle à desmaires accrochés à leur fauteuil comme une moule à son rocher même lorsque, pour diverses raisons, leur fin de règne s’avère piteuse, voire calamiteuse ? Que l’on songe au maire de Bordeaux, Jacques Chaban- Delmas (1947-1995)  (3) , à Serge Dassault à Corbeil-Essonnes (1995-2009), à Jean-Claude Gaudin à Marseille (1995-2020), à Patrick Balkany à Levallois-Perret (1983-1995, 2001-2019). De ce dernier, cette parole d’expert : « tous les maires ne rêvent que d’une chose, mourir dans leur fauteuil. »
 
Dans mon immeuble, nous sommes 300 résidents permanents. En France, 13 218 communes sur 34 906, soit près de 38 %, ont moins de 300 habitants, ceci dit sans vouloir comparer l’activité et les responsabilités d’un conseil syndical de copropriétaires, aux compétences modestes, avec celle d’un conseil municipal.


(1) En mars 2020, sur 34 906 communes, seules 5 906 sont administrées par des maires de sexe féminin.

(2) De récents faits divers ont montré que, dans de petites communes, le maire pouvait être blessé, voire tué alors qu’il ne faisait que rappeler le respect de la loi.
 

(3) Plus fidèles à leur maire que les électeurs bordelais ? Personne ! Deux seulement en 72 ans, de 1947 à 2019, Chaban-Delmas puis Juppé, toujours élus au premier tour !


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31.3.20

La quarantaine, selon Flaubert

Le 23 juillet 1850, Gustave Flaubert envoie à sa cousine, Olympe Bonenfant, une lettre rédigée depuis le lazaret de Beyrouth. Lettre où il lui raconte, en termes parfois caustiques, sa quarantaine, sur fond de suspicion de choléra. Le paquebot à bord duquel l'écrivain était arrivé à Beyrouth en provenance d’Alexandrie avait en effet "touché à Malte" où, quinze jours auparavant, il "y avait eu deux cas de choléra". 
C'est à la Quarantaine, un promontoire surplombant le port planté, à l'époque, de mûriers, de potagers et de vergers, qu’un groupe de consuls européens avait décidé, lors de la première moitié du XIXe siècle, "de construire et d'administrer, à la demande du gouverneur Ibrahim pacha, un lazaret, un établissement où sont isolés à leur arrivée dans le port de Beyrouth, pour une période de 30 ou 40 jours, les personnes malades ou suspectées d’avoir contracté une maladie. Autrement dit, un lieu où les voyageurs sont mis "en quarantaine", comme nous vous le racontions récemment dans un article sur l'histoire de ce quartier de la Quarantaine."À l’époque, une épidémie de peste faisait des ravages sur le pourtour du bassin méditerranéen, comme le narre alors le consul de France, Henri Guys, dans un livre relatant son séjour au Liban, dont des extraits ont été repris dans L’Orient du 9 janvier 1966. Le lazaret a toutefois permis, selon le diplomate, « de préserver quinze mois la Syrie, tandis que la peste régnait à Constantinople (Istanbul), Smyrne (Izmir), Chypre et en Égypte, d’où arrivaient continuellement des navires de marchandises et de passagers ». Par métonymie, ce rempart sanitaire a fini par donner son nom à tout le quartier".
Voici comment Flaubert raconte sa quarantaine à sa cousine, d'après cette lettre dont nous vous proposons la transcription faite par le Centre Flaubert de l’Université de Rouen (lettre mentionnée ces derniers jours par Le Nouvel économiste)

Lettre de Flaubert à sa cousine, Olympe Bonenfant, Beyrouth, 23 juillet 1850

Du lazaret de Beyrouth, 23 juillet 1850.
Si je ne t’ai pas écrit depuis longtemps ma chère Olympe ce n’est pas faute de bonne volonté. Bien souvent pensant à ma mère je pense à toi naturellement puisque tu es la femme qu’elle aime le mieux, tendresse que tu lui rends bien et dont vous autres au moins vous donnez des preuves – Mais c’est qu’écrire une lettre en voyage est une besogne difficile. Le temps est si employé, on en a si peu, le soir on arrive exténué – on dévore ce qui se trouve – on fume une pipe (chose indispensable à l’existence) et on se couche ; pour le lendemain matin à la pointe du jour se rembarquer sur son ch à cheval à dromadaire ou à âne.
Enfin aujourd’hui que nous sommes en prison je profite d’un moment pour t’envoyer ce petit mot de souvenir. Les lazarets ont été inventés pour les quarantaines et les quarantaines pour emplir la poche de ces bons Turcs, tout cela sous prétexte de peste ; or du moment qu’on arrive ici d’un pays étranger on a la peste et je crois franchement qu’ils en ont peur –
Ainsi nous sommes en ce moment en suspicion de choléra parce que le paquebot qui nous a amenés d’Alexandrie ici avait touché à Malte et qu’à Malte quinze jours auparavant il y avait eu deux cas de choléra. Conséquemment nous sommes [illis.] claquemurés dans une presqu’île et gardés à vue – L’appartement dans lequel je t’écris n’a ni chaises ni divans ni table ni meubles ni carreaux aux fenêtres – on fait même petit besoin par la place des carreaux des dites fenêtres, détail que tu trouveras peut-être superflu, mais qui ajoute à la couleur locale – il n’y a rien de plus drôle que de voir nos gardiens qui communiquent avec nous à l’aide d’une perche, font des sauts de mouton pour nous éviter quand nous les approchons, et reçoivent notre argent dans une écuelle remplie d’eau – hier au soir, Sassetti a manqué faire à l’un d’eux dégringoler l’escalier à grands coups de pied dans le bas des reins –
par Pour nous purifier cet imbécile était venu nous empester avec des fumigations de soufre. Notre malheureux groom était déjà presque asphyxié et toussait comme cent diables enrhumés – Quand on veut leur faire des peurs atroces, on n’a qu’à les menacer de les embrasser – ils pâlissent –
B en résumé quoique nous soyons présentement dans un local de nom funèbre nous rions beaucoup – d’ailleurs nous avons sous les yeux un des panoramas comme on dit en style pittoresque des plus splendides du monde – la mer bleue comme de l’eau d’indigo bat les pieds du rocher sur lequel nous sommes huchés. Elle [est] si transparente que lorsqu’on descend au bord, on y voit dans l'eau nager les poissons, et remuer au fonds, les gdes herbes et les varechs qui s’inclinent et se redressent au mouvement des vagues. la végétation descend jusque sur la grève et que portant fleurs et verdure – et lorsqu’on lève les yeux le nez [illis.] on trouve une chaîne de montagnes (le Liban) ayant cravatée de nuages à leur son milieu et poudrée de neige à son sommet. Ce sont là de ces choses, chère Olympe, que l’on ne verrait pas à Paris, même en payant – j’ose le dire. J’ai le courage de mon opinion.
Nous allons donc dans deux ou trois jours enfourcher des chevaux et partir pour Jérusalem où nous serons à la fin de l’autre semaine. – Nous en avons fini du voyage en barque. Ça va être maintenant le cheval et le mulet nous aurons bien aussi par-ci par-là quelque peu de chameau pour n’en pas perdre l’habitude. Quant à ce qu’on dit du mal de mer qu’il donne, c’est une pure blague. Le mal de terre oui – ça vous écorche convenablement le premier jour pour peu que l’on ait une mauvaise selle, ce qui vous arrive infailliblement. Celui que j’avais sous moi pr aller à Kass Kosseïr sur les bords de la mer Rouge avait, outre les poux qu’il me communiqua, une plaie à la cuisse droite qui suppurait fort et qui le soir venu ne sentait point les parfums d’Arabie – Ce n’était pas un dromadaire quoiqu’il en portât le nom ; c’était un vésicatoire à quatre pattes, un exutoire quadrupède ! les pauvres bêtes d’ailleurs crevaient de faim par suite de l’avarice de leur maître et ne rencontrant rien en route se mangeaient réciproquement leurs crottes ! en voilà des phalanstériens ! Du reste c’est une admirable bête que le chameau, je ne peuxme lasse pas de contempler cet étrange et gracieux animal – il faut les voir quand on les aperçoit dans le désert au bout de l’horizon, s’avançant sur le même rang, tous alignés d’eux-mêmes [illis.] comme des soldats, et balançant leur long col comme à la façon des autruches. Pourquoi donc désigne-t-on une femme laide par l’appellation de chameau ? celui qui a inventé cette sotte facétie avait une bien bonne opinion du beau sexe. Je souhaiterais aux maris malheureux d’avoir des dromadaires pour épouses.
Assez bêtifié comme cela chère Olympe, – voilà je crois minuit – il est temps de se coucher, maintenant que nous avons des habitudes patriarchales – c’est bien le moins – nous sommes dans le pays des patriarches – à propos, je m’en vais rapporter du St Sépulcre quelques chapelets à l’usage des âmes pieuses de ma connaissance – Mais comme dans mes connaissances je n’en vois guère, si tu en as, toi, je t’en donnerai pour elles – J’ai à te remercier bien fort pour avoir confié ta fille à ma mère – elle a été bien heureuse de cette société. irez-vous ces vacances à Croisset – je me mets de la partie et je prie Bonenfant que ses occupations ne vous en empêchent pas. – tu sais com quel bonheur ce sera pour ta pauvre tante. – embrasse pour moi tous les tiens – et quant à toi ma pauvre vieille embrasse-toi de ma part quoique l’insolence du sieur Du Camp (homme aimable) m’ait devancé.
À toi du fond du cœur.
Gve Flaubert
Maxime vient de me demander à qui j’écrivais. Je lui ai répondu : « À Olympe. » Il a repris : « Tu lui diras que je l’embrasse de tout mon cœur. » [illis.]
Transmis par Ginette ...

17.3.20

Coronavirus : depuis ma tour d'ivoire

Je vous salue !

Je suis heureuse de voir que certains d'entre vous restent optimistes envers et contre tout, je souhaite qu'ils aient raison et j'espère qu'ils auront raison.
Ils ne sont pas les seuls, les Hollandais ont pris aussi la décision d'attendre et de voir. C'est une autre façon de voir les choses.

Mais personnellement je réitère aujourd'hui mes propos d'hier : chez nous, le virus attaque.
Chaque jour un peu plus. Il fait tache d'huile et pour le moment nous ne pouvons que constater. 

Le virus fait peur, en particulier à ceux d'entre nous qui ont des enfants travaillant auprès des malades, et j'en suis.
Les mesures de précaution sont théoriques pour eux : pas assez de masques (un masque n'est efficace que pendant 3 heures et pas d'espoir d'en récupérer avant le mois de mai, du moins pour les dentistes mais mon fils généraliste n'en a reçu que 50 pour le moment).
Tous les soignants manquent de repos, ils sont tous les jours au contact des malades, cela les met en danger.
Certains diront qu'ils ont choisi de faire ces métiers, je le sais, mais quand il s'agit de ses propres enfants, on pense différemment même s'il faut rester positifs et l'accepter.

Ici dans le Grand-Est on ne maîtrise plus la situation : les médecins tombent malades, les hôpitaux n'ont plus de respirateurs et pire encore, ils n'ont plus de places.
L'armée commence à intervenir, avec des hôpitaux de campagne et des hélicoptères pour transporter les malades dans des régions moins atteintes.
Espérons que le pic sera passé dans la nôtre quand les autres régions auront besoin d'elle.
Et je n'ai pas oublié les cours de médecine militaire...j'ai fait réciter les cours de l'armée à mon petit mari lorsqu'il était à Libourne pour ses classes : le tri des malades n'est pas tendre, on soigne en priorité ceux qui ont des chances de s'en sortir, c'est à dire les plus jeunes et les moins atteints...

Le virus est devenu la préoccupation principale, tout le monde ne parle plus que de lui.Les opinions sont très partagées, nous l'avons constaté dans les commentaires qui ont suivi mon courriel d'hier.
Pourtant, c'est encore le virus qui donnera raison aux uns ou aux autres. Et j'espère vraiment que les optimistes auront eu raison !

Personnellement j'ai quelques échos de la situation par mes enfants, les uns dans la sphère politique, les autres dans le milieu médical et je peux vous dire que ni les uns ni les autres, qui, pourtant directement concernés, ne savent grand chose !
Les nouvelles et les consignes leur parviennent en désordre de l'aurore jusque très tard le soir et plus que les bonnes nouvelles, ce sont surtout les contrordres qui se succèdent de jour en jour ! Pas facile à vivre pour eux !
En fait, il semble que personne ne sache à quoi s'en tenir. Les chercheurs se sont attelés à l'étude de ce virus et il faudra encore attendre un "certain" temps avant d'avoir des certitudes et des solutions.
D'après "le docteur", il faut l'éviter puisqu'on ne peut pas le tuer.


En attendant, je reste convaincue que dans le doute, il vaut mieux être prudent.
Obtempérer aux consignes n'est pas trop difficile pour nous, la vie sociale active est temporairement suspendue mais nous avons la chance d'avoir internet pour entretenir nos liens familiaux et amicaux.
Donnez des nouvelles, exprimez-vous, chacun est libre de ses opinions et de les coucher sur l'écran, le respect des idées des autres est de rigueur dans notre groupe, discutons, discutons, ça fait du bien à tous.
Allez, on ne coupe pas le contact, il y aura bientôt quinze ans que nous l'avons repris, qu'il continue !

Amicalement,
Ginette

16.3.20

Coronavirus : croisons les doigts

Chers amis,

Les nouvelles sont mauvaises ! 
Vous savez tous que la multiplication des atteintes par le coronavirus s'accélère de jour en jour et qu'elle est particulièrement sévère dans notre région du Grand Est !
Je peux vous l'affirmer ce matin car mes sources viennent directement de mes enfants qui sont au front et pour lesquelles nous nous inquiétons sérieusement, Dédé et moi.
Plusieurs médecins et autres personnels de santé des Hautes Vosges sont déjà touchés et empêchés de travailler.

Les consignes sont sévères, nous avons tous plus de 70 ans et donc nous ne devons plus rencontrer nos amis, pas plus que nos enfants ou nos petits-enfants et cela va être difficile à vivre.
Pour combien de temps ? Nul ne peut répondre à cette question, de longues semaines sans doute.

Nous allons rester dans nos tours d'ivoire avec des bouquins et des DVD, et malgré cela, les journées vont être longues. 
Considérons-nous tout de même comme des privilégiés puisque nous avons la chance de pouvoir nous isoler, tout le monde n'est pas dans notre cas.
Et puis, à la campagne, nous pouvons nous échapper en forêt pour nous aérer sans risquer de rencontrer trop de monde !

Donnez des nouvelles, je vous embrasse,
Ginette

5.3.20

Chroniques de Février 2020

par Georges Charles

Dimanche 2 Février

L’air de la ville rend libre ; 4e partie, la gare Matabiau

La gare principale de Toulouse a accueilli près de 10 millions de voyageurs en 2017 ; ce sera 20 millions à l’horizon 2030.
 
Obnubilés par la lente arrivée de la LGV (un comble, pour une ligne à grande vitesse !), les Toulousains en oublieraient presque qu’ils sont favorablement situés sur la " liaison ferroviaire du Grand Sud ". Desservie par des trains Intercités, elle relie Bordeaux à Nice, via Toulouse, Montpellier et Marseille. 800 km, 8 heures de trajet par la route ou le rail. Dans une conception renouvelée de l’aménagement du territoire, qui ignorerait superbement Paris et sa force centripète, cette liaison mériterait l’attention et l’investissement des pouvoirs publics et de la Sncf car elle représente un axe majeur de mobilité ; en effet, elle relie cinq parmi les plus grandes agglomérations de France, avec bifurcation vers Barcelone et Lyon, métropoles européennes.
 
En janvier 2020, le parvis Canal devant la zone Départ de la gare prend la forme d’un grand espace piéton et arboré, ouvert sur le centre ville historique. Sera réalisée ensuite la passerelle Matabiau : le sas de l’écluse Bayard, par laquelle passent les bateaux, sera doté d’une couverture en chêne, réversible, sur 40 mètres. Plus tard, création d’un nouveau chemin de halage le long du Canal du Midi, ouvert aux piétons, entre les ponts Matabiau et Riquet.


Dans cette nouvelle présentation des aménagements, apparaît la fameuse Tour Occitane


 Le parvis Canal, demain

Ça y est, c’est parti ! L’ilot compris entre l’avenue de Lyon et la rue du Maroc, de vieux immeubles, décrépis, insalubres pour certains, progressivement vidés de leurs habitants, vient d’être attaqué par les pelleteuses. Nous sommes dans le projet urbain, à quelques centaines de mètres de la gare Matabiau.






6.2.20

Chroniques de Janvier 2020

par Georges Charles

Mercredi 1er Janvier

J’ai connu des réveillons plus festifs. Il y a deux ans, j’étais déjà immobilisé à domicile par des difficultés de circulation artérielle des membres inférieurs… Au point de suivre l’allocution du président de la République (à la radio, comme au bon vieux temps, c’est plus supportable) où il ne manque jamais d’adresser une pensée particulière aux citoyens isolés et malades : merci pour eux.



En guise de consolation, quelques souvenirs de festivités d’antan, de passages à la nouvelle année dans les musiques et les bulles ? Dix, neuf, huit, sept…
 
Une telle nuit doit être particulière, notamment grâce au lieu. Ce sera par exemple Barcelone, le 1 er janvier 2000 et cette coutume qui consiste à monter et descendre les Ramblas, des bouteilles de champagne à la main ; on se sert, on sert les passants, on porte des toasts ; à quatre heures du matin, lorsque les fêtards ivres abandonnent leurs bouteilles, les rues deviennent dangereuses à cause des débris de verre… Plage d’Hendaye, là encore avec du champagne. Dans un chalet perdu en Ariège, difficile d’accès, mal chauffé ; mais la bonne humeur fait le reste.

Allées Jean Jaurès à Toulouse ; dans un immeuble promis à une démolition imminente, squatté, à la limite de la salubrité ; des fêtards habillés n’importe comment (à se demander s’ils ne sont pas déguisés ainsi toute l’année), de l’alcool, des joints. 

En janvier 2020, j’ai repris goût aux puzzles. Le père Noël m’a apporté une reproduction de L’église d’Auvers-sur-Oise, vue du chevet, de Vincent van Gogh, 1890. Cinquante nuances de bleu pour le ciel et l’église ; le peintre a-t-il pensé aux amateurs de puzzle ? A-t-il exécuté ses coups de pinceau de manière à faciliter leur travail de recherche des bons assemblages. L’ouvrage m’a pris un mois.




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5.1.20

Chroniques de Décembre 2019

par Georges Charles

Mardi 3 décembre

" L’air de la ville rend libre " ; 2e partie, le grand chantier toulousain, Teso-Grand Matabiau, puis Grand Matabiau-Quais d’Oc
 
Comme Lille avec Euralille, Lyon avec La Part-Dieu et Bordeaux avec le quartier Saint-Jean, Toulouse Métropole veut doter l’agglomération d’une nouvelle centralité autour de la gare Matabiau, transformée en pôle d’échanges multimodal (trains, métro, bus, autocars, vélos et circulation piétonne). Elle tissera un lien naturel avec le centreville historique, via les allées Jean-Jaurès, la rue de Bayard et les berges du Canal du Midi.
 
La Zac Teso (Toulouse EuroSudOuest) Grand Matabiau, est le projet d’urbanisme le plus ambitieux du début de ce siècle, conçu par l’urbaniste catalan Joan Busquets, qui avait redessiné le visage de Barcelone à l’occasion des Jeux Olympiques de 1992. Les partenaires : l’État, la SNCF, la région Occitanie, le Conseil départemental de la Haute-Garonne, Toulouse Métropole et le SMTC-Tisséo (les transports publics de l’agglomération, bus, métro, tram). La réalisation en a été confiée à Europolia, société d’économie mixte.
Personnellement, je suis très concerné puisque je réside à cent mètres de l’avenue de Lyon, dans la partie ouest du périmètre du projet.
 
D’ici 2030, un nouveau quartier sur 400 hectares ; 20 000 emplois et 400 000 m² de bureaux, logements, commerces, services et équipements publics.

 Projet initial ; on remarquera, à droite de la gare Matabiau,
 un projet d’hôtel qui n’augurait en rien de la construction d’une tour de 150 mètres de haut.

Le nouveau nom, Grand Matabiau-Quais d’Oc, choisi par les partenaires, porte les ambitions du projet d’élargir le centre-ville jusqu’à la gare Matabiau, d’accompagner l’arrivée de la Ligne à Grande Vitesse (LGV1) et de valoriser les quartiers existants.


 La rue de Bayard, porte d’entrée vers le centreville pour les voyageurs 
sortant de la gare, leur première impression ; refaite et inaugurée en septembre 2017.

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3.1.20

Voeux de Ginette

... quelques mots suffiront pour vous présenter mes meilleurs voeux pour 2020, car je m'en voudrais d'interrompre cette longue série de voeux que je partage avec vous pour la quatorzième année.

Maman étonnait mes enfants lorsqu'ils étaient petits en leur faisant revivre son passé dans le futur et avec eux : elle disait "quand je serai petite, je ferai ceci ou cela avec vous et cela les intriguait et les amusait beaucoup. 
Est-ce qu'elle même y croyait ? Ce qui est certain, c'est que je l'ai toujours connue avec cet humour et une grande joie de vivre.

Dans cet esprit, j'aimerais vous souhaiter de retrouver un peu du bonheur que procure l'insouciance de l'enfant, de regarder la nature avec des yeux émerveillés, d'avoir envie de sauter dans les flaques, ou encore d'essayer d'attraper les papillons ou de toucher les étoiles... Bref, je vous souhaite de rêver encore de choses impossibles et d'en rire à n'en plus finir. Le rire peut soigner une partie de nos maux, il faut y croire.
 
Je n'ai pas eu le temps de m'intéresser à l'actualité ces deux dernières semaines et je m'en porte mieux, que pourrais-je faire à mon petit niveau sinon me lamenter, alors je préfère jouer avec mes petits-enfants, replonger dans leur monde c'est pourquoi je vous invite à faire de même !
 
Bonne année, bonne santé à tous, je vous embrasse,
Ginette

13.12.19

Le Japon

vu par Ginette et André


De retour de notre séjour au Japon depuis vendredi, j'ai un peu de mal à reprendre la vie de tous les jours, mais voilà, le premier pas est fait, bonsoir mes amis.
Que vous dire de ce beau voyage ? Que nous avons aimé ce pays tellement différent du nôtre, nous y avons découvert une société organisée où chaque chose semble être à sa place et où la vie de tous les japonais donne l'impression d'être réglée comme une horloge. 
Nous y avons rencontré des gens accueillants et toujours prêts à nous aider même si la communication n'est pas facile quand on ne connaît pas la langue.
Et que de surprises chaque jour, nous avons admiré des jolies Japonaises habillées de kimonos traditionnels, de superbes paysages d'automne, des temples à tous les coins de rue, apprécié des trains à l'heure et ultra-propres,
Nous en avons pris plein les yeux et sommes rentrés chargés de beaux et bons souvenirs.



 L'art de s'asseoir

Les bons moments passés au Japon continuent à proliférer dans nos pensées, alors vous allez en profiter encore un peu vous aussi.
Aujourd'hui, ce sera avec une photo personnelle.

Imaginez comment on peut passer tout un repas devant une table au ras du sol, assis sur une chaise sans pattes, même si un coussin est délicatement posé sous vos jambes.

D'abord, très occupé à identifier ce qu'on a dans le bol et à se débattre avec les baguettes, on oublie qu'on est assis sur ses pieds !
Puis on termine le repas en gigotant comme un gamin !

Cela se passe uniquement dans les auberges typiques appelées "ryokans", où, comme vous le voyez sur la photo, la tenue japonaise est de rigueur.
On trouve cette tenue en coton sur son lit en arrivant, chaque soir une tenue propre, cela ressemble à la tenue des judokas et il est fortement recommandé de la porter dans tout l'hôtel.
J'avoue que le premier soir, nous ne savions que faire et nous avions l'impression de nous déguiser, mais on s'habitue vite à ce confort.
Les chaussettes à doigts nécessaires pour marcher en tongs et les tongs qui font partie de la tenue sont fournis aussi. 
On se déchausse partout au Japon et j'ai trouvé cela fort propre.
En effet partout ailleurs, on entre dans les chambres d'hôtel avec des semelles qui ont essuyé tout ce qu'on peut imaginer de plus sale sur les trottoirs...




L'automne

Pour le plaisir des yeux, quelques photos de l'automne au Japon.
C'est une belle saison pour visiter ce pays, il fait encore bon et les feuilles des arbres prennent des couleurs éclatantes, c'est un ravissement !




 La propreté

Nous n'en croyions pas nos yeux : regardez cet employé qui passe l'aspirateur sur un quai, ensuite, il frotte le même quai avec un balai à franges !Je n'ai pu m'empêcher de le prendre en photo, ce qu'il faisait ne serait pas imaginable chez nous.
Et dans la rue, pas un papier par terre...que de leçons ils nous donnent.

Pourtant rien n'est parfait, cette obsession de la propreté entraîne encore aujourd'hui un sur-emballage de toutes les denrées alimentaires, il faut aussi le voir pour le réaliser.
Dans les magasins tout est emballé dans deux ou trois papiers ou films alimentaires et replacé dans des sacs en plastique au moment d'emporter les courses.
Presque partout on distribue encore des cas en nylon, cela nous a surpris.




Hiroshima

Courte étape à Hiroshima mais combien émouvante.

Tout le monde se rappelle de l'explosion du 6 août 1945, la ville a été reconstruite mais elle n'a pas oublié.

Le Dôme de Genbaku, le seul bâtiment qui n'a pas été entièrement détruit a été bien consolidé afin de susciter et de représenter l'espoir.
Et la nature a aussi montré son optimisme en faisant renaître les ginkos de leurs cendres, ce sont les deux photos que je vous envoie aujourd'hui.

 Un cénotaphe a été construit, une flamme de la paix y brûle, destinée à rester allumée tant que des armes nucléaires existeront.

Le Pape est passé a Hiroshima le lendemain de notre passage.
Cette visite nous a inspiré toutes sortes de réflexions, j'ajoute une texte tiré de wikipédia :

" Le 6 août 2015, le Japon a commémoré la tragédie d'Hiroshima survenue 70 ans plus tôt. C'est désormais une ville de 1,2 million d’habitants devenue un symbole du pacifisme. À h 15 exactement, heure à laquelle en 1945, à la même date, un bombardier américain avait largué une bombe atomique sur la ville, un enfant et une jeune femme ont frappé une grande cloche devant une foule de 55 000 personnes recueillies dans le parc du Mémorial de la paix afin de commémorer ce tragique évènement8.
Les représentants d'une centaine de pays étaient présents, notamment Caroline Kennedy, l'ambassadrice des États-Unis au Japon et Rose Gottemoeller, la sous-secrétaire américaine chargée du contrôle des armements. Le premier ministre japonais, Shinzo Abe, a prononcé à cette occasion un plaidoyer contre l’arme nucléaire :
« En tant que seul pays frappé par l’arme atomique (…) nous avons pour mission de créer un monde sans arme nucléaire. Nous avons la responsabilité de faire comprendre l’inhumanité des armes nucléaires, à travers les générations et les frontières. »
Le maire d'Hiroshima, Kazumi Matsui, a demandé quant à lui de supprimer les armes nucléaires, « le mal absolu », et de créer des systèmes de sécurité qui ne soient pas dépendants de la puissance militaire. Il s’est adressé directement « aux leaders du monde », et leur a demandé « de venir dans les villes qui ont été bombardées, d’écouter les histoires des hibakusha9 et de connaître la réalité d’un bombardement nucléaire »10.
En mai 2016, 71 ans après l'explosion de la bombe atomique, le président des États-Unis Barack Obama se rend à Hiroshima pour rendre hommage aux victimes, en marge d'une réunion du G7 qui se tenait au Japon. C'est le premier président américain en exercice à se rendre au parc de la Paix11,12. Cette visite crée la polémique aux États-Unis, notamment parmi les vétérans de la Seconde Guerre mondiale qui s'étaient battus contre l'armée japonaise et ne souhaitaient pas que ce déplacement puisse être perçu comme des excuses américaines12."


Tokio 
Ma première impression à Tokyo fut de me croire à New York, au point que je faisais constamment le lapsus.
 

Et puis j'ai découvert une ville bien différente de la belle américaine.

Même si toutes deux rivalisent pour leurs gratte-ciel (gratte-ciels pour la nouvelle orthographe), les quartiers anciens sont totalement différents, en bois au Japon, en brique ou en pierre pour l'Amérique.
Tokyo aurait mérité plus de temps pour la découvrir, la ville est composée de nombreux quartiers très différents les uns des autres, mais il faudrait avoir une autre vie...ce qui est peut-être possible quand on est extrême-oriental.

Et la Japonaise est jalonnée par d'innombrables temples bouddhistes ou shintoïstes, plus beaux les uns que les autres qui changent complètement l'ambiance quand, comme moi, on pense à New York.
Mais je me suis rapidement sentie dépaysée et agréablement dépaysée, la propreté et l'organisation de la ville étant incomparable.

A cela s'ajoute une abondance de transports en commun que je n'ai vue nulle part ailleurs, des trains, des métros, des monorails, des bus, des taxis....J'avoue qu'au début, on se perd facilement dans les gares mais nous n'avons quand même jamais pris le mauvais train.
Tous ces moyens de transport avec une fréquence de circulation impressionnante.
Même les trains longue-distance (le Shinkansen, l'équivalent de notre TGV) se suivent avec des intervalles de 7 ou 8 minutes, et quelle organisation pour qu'il n'y ait pas de bousculade !

J'ai été impressionnée aussi par les parcs immenses et tous plus beaux les uns que les autres, d'autant plus qu'en automne les érables (différents des érables nord-américains) prennent des couleurs écarlates de toute beauté,  tout comme les ginkgos bilobas qui prennent une belle couleur jaune vif.



L'accueil des touristes 
La ville et la campagne japonaises fourmillent de gens occupés à toutes sortes de tâches dont certaines ne seraient même pas envisageables chez nous.


Dans la rue, par exemple, dès qu’il y a des travaux, des personnes viennent vous montrer le chemin à prendre pour ne pas risquer de vous blesser et pour ne pas gêner les ouvriers. Ces personnes sont directives tout en restant très polies.


De même pour traverser les rues un peu dangereuses, il y a souvent des agents de sécurité, deux la plupart du temps, un de chaque côté de la rue et ils nous font signe lorsqu’il faut passer ou nous rappellent à l’ordre si on n’attend pas au bon endroit !


Nous avons aussi remarqué que personne ne traverse quand le feu est rouge pour les piétons, même s’il s’agit d’une petite rue avec peu ou pas de circulation. Inimaginable pour des Français !


J’ai lu qu’il s’agit souvent de retraités bénévoles qui souhaitent être encore utiles à leur pays.

Dans les gares, ces bénévoles portent des gilets avec des inscriptions « NEED HELP ? »
ou « ASK ME » et c’est toujours un soulagement d’en rencontrer quand on cherche son chemin ou quand on ne comprend pas comment fonctionne une consigne ! Les gares sont immenses, notre gare du Nord à Paris est bien petite si on la compare à la nouvelle gare de Kyoto et quand on ne lit pas le Japonais, je peux vous dire que c’est un vrai soulagement de rencontrer ces personnes, même pour trouver la sortie.


Il nous est aussi fréquemment arrivé d’être accostés par de simples passants lorsqu’ils nous voyaient avec un plan de ville dans la main, d’autres nous raccompagnaient jusqu’à la maison que nous avions louée et que nous avions du mal à retrouver en rentrant le soir.


Une autre fois, un monsieur a eu pitié de nous en nous voyant tirer nos valises, il a rangé son sandwich, il nous a transporté nos valises dans sa voiture jusqu’au port du ferry où nous nous rendions. Et cela avec un grand sourire et beaucoup d’affabilité !

Nous ne pouvons faire que des compliments du comportement des Japonais !

Hiroshima (suite)

A Hiroshima, après avoir parcouru le parc du Mémorial de la Paix, nous avons visité le musée de la Paix.
Grand bâtiment moderne en béton, grand silence, les gens osent à peine parler à voix basse, ambiance pesante, sentiment d'oppression.

Tout d'abord, de nombreuses photos rappellent les faits  : la bombe du 6 août 1945, avec beaucoup de photos de victimes humaines et du chaos dans la ville.
70000 personnes sur les 300000 que comptaient la ville sont mortes après l'explosion et autant dans les jours et les mois qui suivirent.

Des photos qui vous tirent les larmes, en particulier lorsqu'elles sont présentées avec des témoignages relatant le vécu de familles ou de rescapés.

Les jours et les mois qui ont suivi ont été épouvantables pour les survivants qui ont dû vivre isolés dans les ruines, car les gens des environs les fuyaient, craignant la contagion ; en effet personne ne comprenait ce qui leur était arrivé et ils faisaient peur à voir.
Ils souffraient physiquement de leurs brûlures, ils souffraient aussi des intempéries et de leur solitude après la mort de leurs proches et ils avaient aussi beaucoup de peine à trouver de quoi se nourrir.
Beaucoup sont morts rapidement.

Plus loin dans le musée, il y a tout un plaidoyer pour l'abolition totale de l'arme atomique avec un inventaire de toutes celles qui existent actuellement dans le monde.
Faut-il être optimiste ???

Et encore, comme souvent au cours de notre voyage, une dame nous a abordés en nous entendant parler Français.
Après nous avoir donné quelques explications en Anglais, elle a tiré de son sac un papier avec le récit d'un rescapé qui avait 47 ans en 1945 et qui est décédé en 1982, à 84 ans.
C'est une traduction du texte original japonais 
dans un Français un peu approximatif, je n'y ai pas touché volontairement, je vous l'envoie tel que je l'ai eu.



Accueil chaleureux des Japonais, quelques anecdotes


Notre itinéraire était tracé, les moyens de transport avaient été définis à l'avance, nos lieux de séjours avaient été sélectionnés, nos nuits étaient réservées dans des hôtels, des ryokans ou des maisons de location, vu depuis Remiremont, tout semblait parfait .


Effectivement, l'arrivée à l'aéroport de Tokyo tout comme l'entrée en ville en monorail se sont passées sans souci sauf que nous n'avions pas réalisé que nous étions en zone internationale au milieu d'étrangers pour la plupart anglophones...
Nous avions un plan précis du trajet vers notre hôtel que nous avons trouvé facilement.

L'Anglais jusque là nous avait toujours permis de vivre normalement à l'étranger et nous n'avions pas vraiment anticipé que nous allions vivre en analphabètes, même avec le bac 65 en poche !

Donc, quand la faim nous a titillés le premier soir, nous sommes entrés dans un petit café/restaurant où la carte nous a été présentée en japonais par des serveuses qui ne parlaient pas anglais : choisir des plats au hasard et vider ensuite son assiette avec des baguettes a été une première expérience !
Heureusement notre serveuse est revenue gentiment aider ses clients bien patauds et nous avons pu nous restaurer correctement mais cette première soirée nous a plongés sans détour dans la vie japonaise.
A la table voisine, un dizaine de messieurs discutaient en buvant des bières ou du saké, ils étaient calmes à notre arrivée, puis de plus en plus bruyants à mesure que le temps passait. Or des lectures récentes nous avaient appris que le soir, les Japonais, épuisés par leurs longues journées de travail avaient coutume d'aller se "détendre" ainsi, en laissant femmes et enfants à la maison.
De même, j'avais lu que patrons et employés ou étudiants et professeurs se retrouvaient de temps en temps dans le but de se dire réciproquement leurs vérités... après s'être copieusement enivrés, et qu'ils trouvaient là un moyen d'améliorer leurs relations, en acceptant des reproches réciproques. 
Les messieurs attablés à côté de nous étaient-ils en train de se dire leurs vérités ? On pouvait l'imaginer.

C'était aussi la première fois que nous nous trouvions dans l'incapacité de lire ou de comprendre quoi que ce soit et, pire encore, de nous faire comprendre. 
Nos nouvelles conditions d'analphabètes nous ont fait réaliser la richesse de la communication ou plutôt les inconvénients de son absence et au cours du voyage, nous nous sommes sentis plusieurs fois frustrés de ne pas avoir de réponses à nos questions.
D'autres fois, nous avons ri en découvrant avec surprise ce que nous avions acheté à manger : des soupes instantanées aux algues gluantes ou des haricots de soja fermentés au fort parfum de fermentation et à l'aspect peu engageant.
Les emballages, souvent sans photos, et avec des explications uniquement en japonais nous ont posé bien des problèmes, la première bouteille de lait achetée contenait tout autre chose que nous n'avons pas pu déterminer...ni boire, d'ailleurs !

Heureusement les Japonais sont des gens plutôt aimables et toujours prêts à se dévouer pour répondre à nos questions d'une façon ou de l'autre. 

Un soir, sachant que les petites rues n'ont pas de noms et que les maisons n'ont pas de numéros, un jeune homme à vélo, à qui nous demandions le chemin pour rentrer à notre maison, nous a gentiment accompagnés jusqu'à notre porte, en marchant à côté de son vélo à 20 minutes de là, cela se passait à Kanazawa (460 000 habitants) !
Ou encore, autre rencontre à Tokyo cette fois : alors que nous venions de visiter un musée avec une guide francophone, celle-ci nous a proposé de nous accompagner dans la ville le soir après son travail, bénévolement. Et, en la quittant le soir, elle nous a proposé de nous accompagner à nouveau le lendemain. Sa compagnie nous a permis de découvrir Tokyo très agréablement et d'obtenir des réponses à toutes sortes de questions que nous nous posions. Ce fut la seule francophone que nous avons rencontrée.

A propos de communication, un jour sur un ferry, j'étais assise à côté d'une jeune dame de Rovaniemi en Finlande avec qui je partageais mes impressions et nos difficultés pour discuter avec des Japonais parce que peu d'entre eux parlaient Anglais, sur quoi elle m'a répondu du tac au tac "mais c'est la même chose chez vous en France"!  Je n'ai pu qu'acquiescer et regretter la chose...entendre des vérités, ça fait du bien parfois !